La période du NON : Mythe ou réalité ?

“C’est une poupééée, qui fait non, non, non non non non…” ! Et si les enfants avaient de bonnes raisons de s’opposer ? Dans cet article, je vous propose (une fois de plus) d’enfiler de nouvelles lunettes pour y voir plus clair sur ce qui se cache derrière la fameuse “période du non”. Mythe ou réalité ? Comment traverser au mieux cette phase et réagir avec respect aux refus de l’enfant ?

Il dit non tout le temps

“Non c’est non !”

C’est LE mot le plus clivant dans les relations parents/enfants et plus généralement adultes/enfants.

Dans la parentalité dite “positive”, on nous apprend à dire “non” aux enfants et à traverser une pseudophase du “non” des enfants.

Ici, vous êtes dans un espace d’accompagnement respectueux, des relations et des individus, donc vous ne retrouverez pas ces concepts.

Pourquoi il dit toujours non ?

Si un enfant a toujours été écouté, il ne dit pas plus souvent “non”.

En revanche, il peut le manifester d’une façon plus visible pour l’adulte :

  • Parce qu’il commence à savoir parler, donc verbalise plus ses refus qu’avant,
  • Parce qu’il est plus apte dans ses mouvements, donc peut s’opposer “physiquement” (fuir, se débattre, etc.)
  • Parce qu’un plus grand nombre de frustrations déclenchent des tempêtes émotionnelles.

Le vrai problème, c’est qu’il est ancré dans notre culture qu’il ne faudrait pas laisser trop de liberté aux enfants. Il serait même nécessaire de leur apprendre à être frustrés, selon certains.

Toutes ces petites injonctions insidieuses, “Ne le laisse pas te manipuler”, “Les enfants doivent comprendre que c’est l’adulte qui décide”, “Si tu le laisses faire, il va te bouffer”, “Ne sois pas trop laxiste, tu le regretteras plus tard”, poussent les parents à agir inconsciemment (ou non) à l’encontre du développement de l’autonomie de l’enfant.

Or, il est évident qu’un enfant à qui l’on refuse constamment de décider pour lui-même finit par s’opposer à toute demande extérieure.

Combien de temps dure la période du “non” ?

En réalité, il n’existe pas une “période du non”, je vous invite à voir ma vidéo sur le “terrible two” qui explique pourquoi en détail.

Pendant deux ans, l’enfant n’a certainement pas eu la possibilité d’exprimer ses émotions, de donner son consentement ou encore de satisfaire son besoin d’autonomie. Par conséquent, dès qu’il a enfin la pleine capacité de l’exprimer, il le fait. Et ce de façon virulente.⁣

J’appelle cela « l’effet élastique ». Plus l’enfant a été frustré, en amont, dans l’expression de ses émotions, plus ses réactions sont virulentes. Il manifeste son mal-être ; celui d’avoir été frustré dans son autonomisation. ⁣

Il s’oppose pour s’affirmer : Info ou intox ?

En réalité, l’enfant se comporte tel qu’il l’a appris, notamment en observant son entourage proche. Vous l’aurez sûrement remarqué en le surprenant à répéter certaines de vos expressions (et souvent justement celles que vous auriez préféré qu’il ne reprenne pas).

Tout individu a besoin d’évoluer selon son libre arbitre. C’est tout que l’on peut souhaiter à un enfant que de “s’affirmer”.

Malheureusement, ce terme a tendance à être connoté péjorativement en sous-entendant que si l’enfant s’affirme, ce sera forcément aux dépens de ses parents.

Cette idée suit une certaine logique si l’on a pour objectif de faire obéir l’enfant, qu’il soit sage et se comporte comme ses parents le veulent. Sauf que cela n’est ni respectueux ni favorable à la relation parents/enfant.

Si vous souhaitez avez besoin d’approfondir le sujet de l’éducation “à l’obéissance”, je vous invite à lire l’article “Faut-il vraiment se faire obéir sans crier ?”

Que faire face aux oppositions ?

Gardez toujours à l’esprit :

  • L’enfant est mû par ses besoins, toute demande sous-tend un besoin à remplir,
  • Il existe une multitude de stratégies (propres à chacun) permettant de remplir nos besoins (qui eux sont universels),
  • L’enfant qui s’oppose le fait, non pas pour nous ennuyer, mais pour continuer à voir ses propres besoins remplis (et il n’a pas encore la capacité de tenir compte des besoins d’autrui),

En partant de ces principes, on peut alors déployer nos compétences d’écoute et d’empathie.

C’est la clé ouvrant la porte à une communication apaisée, connectée, celle qui permet d’arrêter de voir les oppositions comme des conflits, mais seulement comme des signaux qu’il faudrait faire un pas de côté pour concilier les besoins de chacun.

Comment gérer au mieux la période du non ?

Stop aux injonctions contradictoires

Si vous m’avez lue jusqu’ici, vous l’aurez compris : partir du principe qu’il existe une “période d’opposition” (ou “terrible two”), qui plus est, penser que celle-ci soit “normale”, est une hérésie.

Il est malheureux que cette croyance soit toujours aussi répandue de nos jours, mais inutile de culpabiliser si vous ne l’aviez pas encore remis en question jusqu’alors.

En parentalité dite positive, l’idée qu’il existe un “terrible two” n’est pas toujours réfutée. Ce courant d’éducation propose de multiples astuces visant (sans l’expliciter) à faire plier l’enfant à nos attentes, mais avec “douceur et bienveillance”.

Or l’opposition de toute personne se doit d’être écoutée et respectée.

Pour rappel, si vous avez l’impression que votre enfant dit beaucoup plus “non” depuis quelque temps, c’est simplement parce qu’il le verbalise de mieux en mieux et/ou que lui-même entend beaucoup (trop ?) de “non” à longueur de journée.

Donc si vous souhaitez diminuer votre lot de conflits quotidien, il est préférable de commencer par écouter ces “non” et vous y connecter, plutôt que de désespérer d’emblée en pensant qu’une nouvelle bataille s’annonce.

Alors, comment réagir face aux refus de l’enfant ?

Comme je le dis toujours : c’est nous les adultes responsables.

  • Prendre ses responsabilités, c’est assumer ses choix sans se cacher derrière des astuces ou méthodes…

Parfois, nous sommes amenés à imposer des choix à nos enfants (je ne parle pas ici de ce qui relève d’un danger immédiat bien sûr) en conséquence de nos propres choix de vie.

  • Le minimum c’est de le reconnaître et d’expliquer cela à nos enfants.

Par exemple, lorsqu’on leur impose un mode de garde, ou quand il faut qu’ils nous accompagnent dans nos déplacements, etc.

  • D’autres fois, c’est lié à notre manque de ressources : temps, énergie, empathie, argent… Il convient de la même façon d’en prendre la responsabilité, en disant bien qu’il s’agit de nos manques de ressources, à un instant T.

On peut leur expliquer qu’il s’agit d’une impossibilité pour nous de répondre à leur(s) besoin(s), nous en montrer désolé.es et vraiment désireux d’améliorer la situation.

“Je suis désolé(e), je ne vois pas d’autres options là tout de suite, je comprends que ça ne te semble pas juste et je ferai tout pour m’organiser différemment la prochaine fois pour que tu puisses choisir.”

Évidemment, il ne s’agit pas d’une parade ni d’un joker pour continuer à lui imposer des choses sans tenir compte de son avis en ayant la conscience tranquille.

Il s’agit de vivre la situation en toute authenticité, sans manœuvres ni faux semblants.

En prenant nos responsabilités, nous adoptons une autre posture envers la difficulté de l’enfant à se voir imposer quelque chose. Avec une réelle empathie.

Il / Elle s’oppose à tout !

Chercher à faire de notre mieux, c’est éviter de détourner les réactions des enfants par des stratagèmes qui perpétuent les rapports de verticalité (si délétères aux relations).

Mais cela ne s’applique pas à des sujets qui ne concernent que l’enfant et pour lesquels il n’y a aucun risque immédiat :

Par exemple pour l’habillage/déshabillage,

  • Lorsqu’on est tranquillement à la maison, s’habiller n’est lié à aucune contrainte,
  • Il n’y a alors pas d’implication pour nous, idem pour son hygiène, alimentation, etc.
  • Nous n’avons alors aucune raison d’imposer nos choix et toutes les occasions de travailler sur notre posture à ce sujet.

Si vous avez besoin d’informations complémentaires pour accompagner votre enfant dans les soins, l’hygiène, l’alimentation, l’usage des écrans ou encore le sommeil, des dossiers complets peuvent vous être envoyés : faites-en la demande en cliquant ici.

Et les limites alors ?

“Oui, mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut !”

Vous le voyez le vieux démon du “j’ai-peur-que-mon-enfant-me-bouffe” qui fait son retour ?

Alors oui évidemment, parfois nous sommes limités par les besoins des autres ou par des éléments indépendants de nous. Ce qui fait, effectivement, qu’on “ne fait pas toujours ce qu’on veut”.

Mais dans ce cas,

  • Il ne s’agit pas d’un besoin que l’enfant a (non, l’enfant n’a pas “besoin de limites”)
  • Mais d’une contrainte que l’adulte doit respecter : contraintes horaires, contraintes sociales, etc.,
  • On retourne donc aux motivations initiales du “faire faire” à l’enfant, en lui imposant nos choix sans se poser de questions.

C’est donc doublement bénéfique d’être honnête dès le départ sur l’appartenance du choix et l’appropriation de nos responsabilités.

Si vous avez besoin d’un complément d’information à propos des limites, je vous invite à visionner cette vidéo :

Il / Elle s’oppose et se met en danger ?

Cela va de soi, mais je préfère toujours le préciser : il n’y a pas à tergiverser lorsqu’un enfant court un danger immédiat.

La notion d’immédiateté est essentielle, car malheureusement de nombreux adultes justifient encore leurs entraves au consentement des enfants par leur volonté de bien faire, d’éviter des risques à moyen/long terme. Or, il y a une différence évidente entre les risques encourus quand un enfant refuse de se brosser les dents et quand il suit son ballon roulant droit vers une route.

Et s’il n’y a pas à discuter sur la façon de rattraper un enfant qui fonce vers une voiture, il existe en revanche une marge de manœuvre suffisante pour trouver des solutions respectueuses du consentement face à un refus de brossage de dent.

Une fois de plus, je vous invite à vous reposer sur les dossiers thématiques prévus pour vous aider à prendre des décisions éclairées sur des sujets souvent “sensibles”.

La période du non (récap’) :

  • La “période du non” n’est pas réellement fondée et découle d’une vision biaisée sur le développement de l’enfant (qui créée des dommages sur nos relations avec nos enfants)
  • Dire “non” à un enfant n’est pas une façon pertinente d’adresser des besoins : quand on dit “non”, on lui dit que ses besoins ne seront pas pris en charge,
  • Si les stratégies qu’il choisit pour remplir ses besoins ne sont pas toujours acceptables, dire “non” ne lui dit pas quoi faire à la place, on reste alors dans le cercle vicieux de l’opposition et des conflits.
  • On devrait plutôt apprendre comment dire “oui” de façons différentes : en multipliant les options de stratégies. Mais c’est un exercice difficile quand on n’a pas appris à s’occuper de nos propres besoins et qu’à défaut de trouver des alternatives conciliant les besoins de tous, on finit par les sacrifier.
  • Vu le nombre d’injonctions à la frustration soi-disant “nécessaire”, ce n’est pas surprenant que la plupart des parents passent à côté.
  • S’affranchir des théories selon lesquelles l’enfant est en opposition naturellement, c’est le premier pas vers des relations apaisées et harmonieuses, que je vous souhaite sincèrement.

1 réflexion sur “La période du NON : Mythe ou réalité ?”

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