Quand l’enfant « n’écoute rien » …

“Tu m’écoutes quand je te parle ?!” Vous avez l’impression que votre enfant ne vous écoute jamais, qu’il n’en fait qu’à sa tête ? Que faire pour qu’il coopère au quotidien ? Comment lui faire comprendre les limites ?

Il existe plusieurs formes de frustration évoquées par les parents, déclenchées par les situations qu’ils vivent.

L’une d’elles survient lorsque l’on a l’impression que l’enfant n’entend pas, n’écoute pas, ne coopère, alors qu’on émet une demande. Cela est très frustrant, car malgré la répétition il n’y a pas de coopération de l’enfant, ou alors il maintient la négation, parfois on a l’impression qu’il n’a même pas entendu (on a alors la sensation désagréable de parler dans le vide).

Il y a frustration, car on ne se sent pas écouté, pas entendu, pas respecté. Et si l’on souhaite arrêter de crier sur notre enfant, le besoin de trouver des solutions pour faire coopérer l’enfant sans conflit est d’autant plus pressant.

Pourquoi n’écoute-t-il pas ?

Bien souvent, on finit par crier lorsqu’on a dû répéter plusieurs fois la même chose sans être entendu. Mais si l’on part du principe que l’enfant fait toujours du mieux qu’il peut, s’il ne répond pas à une demande malgré la répétition, il faut considérer qu’il ne peut pas.

A-t-il seulement entendu la demande ?

Lorsqu’il est focalisé sur un jeu ou toute autre activité, l’enfant doit pouvoir en sortir pour prendre en compte une demande orale. De plus, d’autres stimuli peuvent entraver sa perception auditive.

C’est souvent le cas chez les bambins de 18 mois à 2/ 3 ans, mais cela peut arriver à tout âge.

Je vous invite à toujours vous rapprocher de votre enfant pour renouveler votre demande en créant un contact physique.

Est-il en état d’écouter ?

L’état émotionnel de l’enfant cause souvent une incapacité à écouter. S’il est en état de stress, c’est l’amygdale du cerveau qui est aux commandes. La partie préfrontale étant déconnectée, l’enfant ne pas nous entendre.

Le stress ne se manifeste pas forcément par un état de crise, il peut passer inaperçu aux yeux de l’adulte et résider dans une multitude de petits stimuli.

Par exemple, une télévision qu’on laisse en fond sonore (ou autres bruits parasites), peut stresser un enfant en train de jouer dans le salon. Son effort d’adaptabilité créant du stress l’empêche alors d’entendre la demande. Assurez-vous que le contexte dans lequel la demande est émise est en phase avec l’état émotionnel de l’enfant et permet donc d’être entendu.

Est-ce que la demande répond à ses besoins ?

Dans la mesure où lui-même est en train de remplir l’un de ses besoins (jouer, expérimenter, créer du lien…), lui demander d’arrêter ce qu’il est en train de faire ne lui dit pas quelle activité alternative il peut utiliser pour remplir son besoin.

Et si la requête du parent nécessite d’interrompre l’activité en cours, l’enfant jusqu’à 6/7 ans ne pourra entendre les raisons (aussi légitimes soient-elles) puisqu’il ne verra notre demande que comme un empêchement à la réalisation de ses besoins.

“J’ai l’impression qu’il/elle le fait exprès !”

Lorsqu’un parent pense avoir suffisamment prêté attention à l’environnement, à l’état émotionnel, au stress éventuel, etc., il finit souvent par se dire que son enfant n’en fait qu’à sa tête, qu’il reste volontairement dans le refus de coopérer… Voire qu’il le fait par provocation.

Ce type de pensées coupent alors l’adulte de toute possibilité à raisonner sainement : c’est que qui mène quasi systématiquement à retomber dans les cris pour se faire entendre.

Pour quelles raisons l’enfant ne coopère-t-il pas ?

Lorsqu’on souhaite avancer vers des relations apaisées avec nos enfants, il est nécessaire d’intégrer qu’ils font toujours du mieux qu’ils peuvent. S’ils n’écoutent pas, s’ils ne coopèrent pas, ce n’est pas pour embêter leurs parents.

Un enfant qui doit remplir ses besoins, si les choses se passent de façon convenable pour lui, n’a pas de raisons de ne pas coopérer. S’il ne le fait pas, c’est qu’il ne peut pas. Ce n’est pas volontaire, il s’agit d’une incapacité.

L’idée est de comprendre pourquoi. Cela va permettre de décortiquer la situation et donc d’apporter des explications à l’enfant ou un format d’informations qui lui conviendra mieux, qui seront plus faciles à appréhender et qui lui permettront alors de coopérer, d’entendre les demandes.

Une fois qu’on a vérifié que l’enfant :

  • peut entendre correctement,
  • est disposé à écouter,
  • n’est pas pris par le stress ou une surcharge mentale,
  • que notre demande est suffisamment claire,

Si aucune option ne fonctionne, c’est qu’il y a un problème entre la demande et la capacité de l’enfant à y répondre. L’attente doit alors être modifiée.

Comment changer d’attente ?

Souvent, le sentiment de ne pas être écouté(e) renvoie à des frustrations propres et peut-être à d’autres choses comme des blessures. Ces situations peuvent faire écho, par exemple, avec ce qui se passe dans le couple. Si dans la journée on a déjà été blessé(e) par le manque d’écoute de notre conjoint(e), que nos besoins ne sont pas du tout remplis, qu’on ne s’est pas senti(e) respecté(e)… Le fait d’avoir l’impression que l’enfant reproduit la situation, c’est la goutte de trop.

Si l’on souhaite éviter d’entretenir le cercle vicieux qui mène à de nombreuses situations conflictuelles, il faut pouvoir prendre de la hauteur et changer nos automatismes :

  • Sortir de l’éducation à l’obéissance : celle-ci a des effets destructeurs sur la personnalité et l’autonomie des enfants (qui ne sont pas des objets).
  • Or, la plupart des personnes qui disent “mon fils/ ma fille ne m’écoute pas” sous-entendent : “il/elle ne m’obéit pas”.
  • Il s’agit alors de se défaire de cette vision adultiste en remettant au cœur de nos pensées la considération qu’on porte à l’enfant pour le traiter avec équité.

Une fois qu’on décide d’en finir avec les rapports de force, qu’on refuse de soumettre l’enfant à l’obéissance pour l’accompagner avec respect vers l’autonomie, tout en préservant la qualité de la relation, on peut prendre un pas de recul supplémentaire :

  • Demande ≠ exigence : Faire des demandes c’est OK, à condition que ce ne soient pas des exigences et que vous vous souvenez que vous seul(e) êtes responsable de vos besoins.
  • Une demande qui n’est pas une exigence est une demande où l’autre a la possibilité de refuser.

Garder ceci à l’esprit va faire toute la différence pour diminuer les tensions quand vous demandez quelque chose à votre enfant. Si, à l’inverse, vous êtes dans l’exigence et l’attente d’une forme d’obéissance, alors la seule issue possible sera la soumission ou l’opposition.

Comment réagir quand votre enfant n’écoute pas ?

Quand votre enfant n’entend pas vos demandes ou ne coopère pas de manière générale, et que vous avez une réelle frustration de ne pas être entendu(e), il y a donc deux pistes à envisager en fonction de votre niveau de ressources dans l’instant :

1 : Lorsque vous n’avez pas de ressources :

  • Rappelez-vous à qui appartient la prise en charge de votre besoin
  • Si vous avez une demande, vous attendez de votre enfant qu’il contribue au remplissage de votre propre besoin. Parfois, il le peut, mais…
  • Il ne faut pas que la demande devienne une exigence,
  • Donc : assurez-vous d’anticiper le refus de votre enfant pour éviter de vous retrouver frustré(e) au point de retomber dans le rapport de force.

Par exemple, si votre enfant fait du bruit et que vous avez besoin de calme

Il est légitime de demander à votre enfant de cesser sa fanfare. Votre besoin n’a pas à être remis en question. Mais si votre enfant ne peut ni entendre votre demande, ni la comprendre, ni y répondre, allez-vous rentrer dans cette logique de rapport de force jusqu’à ce que votre demande soit entendue (ce qui finalement devient une exigence dont peut découler une violence) ? Ou à l’inverse, allez-vous chercher une autre manière d’obtenir l’apaisement dont vous avez besoin?

Souvent, l’extraction est un bon moyen d’avoir du calme, sans pour autant minimiser le besoin derrière. Le besoin de calme peut être très imminent et incompressible, dans ces cas de figure, s’isoler un instant est un bon moyen, pour que votre état revienne à un niveau où le dialogue peut reprendre sereinement et sans violence.

2 : Lorsque vous avez plus de ressources, que vous pouvez accompagner sereinement ce qui est en train de se passer :

  • Rappelez-vous que si l’enfant n’entend pas ou ne coopère pas, c’est qu’il y a une raison (stimuli, état émotionnel, besoins, incompréhension, etc.),
  • Prenez soin de vous mettre en lien, de créer un contact visuel ou physique, de communiquer avec respect,
  • Demandez à l’enfant s’il a entendu et reformulez pour vérifier qu’il est en capacité de répondre,
  • Si l’enfant sent que vous lui faites pleinement confiance, que vous n’avez pas l’intention de le contraindre à obéir, ni de bafouer son consentement : il pourra coopérer,
  • Si malgré ces tentatives, l’enfant n’y arrive pas : adaptez votre demande, en revenant à la case départ : quel est le besoin et à qui appartient-il de s’en charger ?

Il est important de se recentrer sur les attentes réalistes que l’on a vis-à-vis des capacités des enfants. Y réfléchir à froid est le meilleur moyen d’y parvenir, car nous avons plus de ressources. C’est ce qui va nous permettre de mieux comprendre les spécificités des émotions chez l’enfant : savoir comment ça se passe pour lui pour mieux l’accompagner.

Si vous avez besoin d’aide pour apprendre à gérer votre colère sans vous mettre à crier sur vos enfants, je vous invite à télécharger le “Kit de survie” mis à disposition gratuitement

Pour aller plus loin : Des pistes concrètes pour gérer l’agressivité permanente de l’enfant

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