Mon enfant ne fait pas mes nuits … il fait les siennes

Bonjour,

Dans mon précédent e-mail de ce dossier thématique spécial sommeil, je vous parlais de l’importance de respecter le rythme physiologique. Si vous ne l’avez pas encore lu (ou reçu) je vous invite à poursuivre cette lecture une fois que vous aurez lu ce précédent message que vous pouvez retrouver ici.

Pour ceux.celles qui ne sont pas encore convaincu.e.s que le non respect du rythme du sommeil des enfants peut être délétère, je vous invite à prendre connaissance de cette étude qui explique que l’écart entre l’heure de sommeil choisie par les parents et l’heure biologique interne de l’enfant créer des problèmes d’endormissement et de sommeil.

Respecter ce rythme commence déjà par une certaine connaissance. Il faut savoir que le rythme de sommeil des enfants à la naissance n’a rien à voir avec celui des adultes.

Beaucoup de gens pensent que l’enfant va se caler sur le rythme des adultes en vivant avec eux en suivant leurs habitudes, habitudes que les adultes “veilleront à bien instaurer” et mettre en exergue (par exemple bien faire distinguer à l’enfant le jour et la nuit, ne pas faire trop de silence quand il dort, éviter de le faire dormir avec soi, lui instaurer des routines etc).

Un peu comme un touriste qui viendrait nous visiter et qui, par notre simple contact (ou par conditionnement contraint), se calera sur notre fonctionnement pour finir par “s’accoutumer”.

Ces croyances se basent sur une méconnaissance générale (même chez les professionnels de santé ou petite enfance) qui se transmet via une pression sociale : tout le monde à quelque chose à vous conseiller sur le sommeil de votre enfant. Et, surtout, tout le monde vous demande régulièrement s’il fait ses nuits … par cette simple question fermée, rabâchée dès la naissance de l’enfant, on en vient à se persuader que, oui, un moment (et plutôt rapidement …), l’enfant “DOIT faire ses nuits”.

Donc quand on constate que ce n’est pas le cas, on se retrouve, au mieux, frustré, au pire, inquiet …

Je suis passée par là, quand mon fils vers ses 6 mois commençait à se réveiller plus fréquemment en soirée (première partie de la nuit pour lui). Il “ne faisait déjà pas ses nuits” mais, avec le temps, j’avais l’impression, tout comme mon mari, que ça empirait, et face à la pression de l’entourage, on commençait à sérieusement s’inquiéter !

Notre contexte était pourtant un peu particulier, car notre fils a une polyallergie alimentaire qui se manifestait, entre autre, par un RGO et un eczéma sévère. Comme quoi, même en connaissance de cause de ces “particularités”, nous avons été rapidement persuadés que quelque chose “clochait” au niveau de son sommeil.

Et cette conviction s’est forgée sur notre méconnaissance et la pensée que notre enfant devait déjà être calé, après 6 mois de vie avec nous, sur un rythme d’adulte …

De part la physiologie de l’enfant, c’est aussi absurde que de penser qu’il pourrait marcher dès sa naissance ou peu après, “par habitude”. Pour marcher, comme pour caler son rythme sur celui de l’adulte, l’enfant a besoin de prérequis physiologiques et tant qu’ils ne se sont pas mis naturellement en place, ces acquisitions ne se font pas.

Quelle est cette physiologie du sommeil dont on parle ?

Je ne souhaite pas rentrer dans cet e-mail (et les suivants) dans la complexité détaillée des mécanismes du sommeil car il y aurait beaucoup à dire, à la place, je vais vous parler des grandes lignes et vous donner les ressources nécessaires pour “aller plus loin”.

La première grande ligne à connaître est que le sommeil est un processus évolutif dit “en maturation”. Il s’agit d’un processus biologique très variable dépendant de nombreux facteurs.

C’est pourquoi je parle de “se caler sur le rythme des adultes” mais, pour être plus rigoureuse, je devrais dire “avoir un sommeil à rythme mature” 🙂

Comme il existe des stades de développement, des étapes de maturation du corps, du cerveau, il en existe aussi pour les comportements visant à répondre aux besoins physiologiques, ainsi le sommeil suit ces principes.

Il y a donc des comportements du sommeil à chaque grande étape de vie : le stade utérin, la naissance et peu après, les premières années de vie, la petite enfance, l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte et puis en période de vieillissement.

C’est en connaissant ces grandes étapes qu’on comprend mieux comment fonctionne le sommeil et qu’on peut changer de lunettes, adapter nos attentes, et donc nos postures et notre accompagnement.

Le premier facteur impactant le sommeil est donc l’âge. Cet impact se fait à plusieurs niveaux : sur la durée du sommeil, ses cycles et la structure même des cycles (les phases).

Quand on dort, on boucle sur des cycles de sommeil découpés eux-mêmes en phases.

La durée des boucles varie pour un nouveau né il sera calé sur une tranche de 25h (cycles ultradiens) pour un adulte c’est 24h (cycles circadiens).

Entre le stade nouveau né et l’âge adulte, les cycles vont se modifier :

  • leur nombre passe de 18 à 20 cycles pour un nouveau né à 4 à 7 pour un adulte
  • leur durée passe de 50/60 min par cycle pour un nouveau né à 90 à 120 min par cycle pour un adulte

Les phases elles mêmes vont évoluer, se “préciser” :

  • pour le nouveau né et bébés il y a 3 phrases : sommeil calme, sommeil agité, sommeil transitionnel (ou indéterminé). Cette dernière phase disparaît avec l’âge.
  • pour l’adulte il y a le sommeil lent léger, sommeil lent profond, sommeil paradoxal.

Cliquez ici pour voir une illustration des phases par âge.

Ainsi pour passer d’un sommeil de nouveau né à un sommeil d’adulte, l’enfant va connaître beaucoup de changements et ils ne vont pas s’opérer du jour au lendemain. Les grandes modifications se font de 0 à 2 ans puis de 2 à 6 ans. Pour aller plus loin dans le détail de ces modifications je vous invite à prendre connaissance de ce document.

C’est d’ailleurs pour cette raison que la plupart des adultes se plaignent de difficultés d’endormissement ou de sommeil pour leurs enfants vers ces âges charnières.

A écouter les adultes parler des difficultés de sommeil des enfants, la plupart des enfants souffriraient de problème de sommeil … Et si c’était les adultes qui avaient un problème de compréhension et de lunettes sur ce qu’est un sommeil “normal” ?

On en parle dans la suite du dossier.

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