Forcer à manger

Bonjour,

Dans le numéro précédent du dossier thématique consacré à l’alimentation, on voyait les signaux à écouter et accompagner pour identifier la faim et remplir le besoin de s’alimenter.

Le risque de ne pas écouter ces signauxne pas les accompagner, est non seulement de passer à côté d’un besoin vital, mais aussi de créer des troubles qui peuvent s’installer dans le temps et dont l’enfant souffrira, même à l’âge adulte.

Un rapport sain à l’alimentation passe donc par une vigilance à ne pas tomber dans le travers des v.e.o spécifiques à la prise alimentaire.

Un des critères visible du risque des v.e.o, c’est la démarche incitative de l’adulte : proposer avec insistance, voire forcer, à manger.

Je rappelle que forcer à goûter un plat est aussi forcer à manger. En effet, goûter consiste à mettre en bouche l’aliment (voire l’avaler, car certains adultes sont ok pour que l’enfant crache). Les adultes qui tiennent au principe de goûter, n’en n’ont pas forcément conscience, mais ils jouent sur les mots pour se dédouaner du fait de forcer à manger.

Alors qu’il s’agit exactement de la même chose : l’enfant n’est pas écouté dans son refus et on utilise le rapport de force pour lui imposer l’alimentation, même en petite quantité. 

Forcer à finir son assiette est aussi forcer à manger. 

Nos schémas et connexions à nos propres sensations sur l’alimentation sont tellement brouillés qu’on ne se rend pas toujours compte du fait qu’on use du rapport de force. 

Je vais donc, pour vous aider à en prendre conscience, vous lister ici les postures qui relèvent de cela et sont donc opposés à une posture d’accompagnement respectueux. 

Cette liste vise vraiment à la prise de conscience, si elle vous met mal à l’aise parce qu’elle correspond à vos pratiques, sachez que vous pouvez modifier votre posture, cela nécessite de la compréhension des enjeux à l’oeuvre et parfois du soutien pour trouver des ressources pour changer.

Forcer à manger :

  • Dire à l’enfant que s’il ne mange pas (ou ne goûte pas) le plat, il ne pourra pas manger tel autre aliment du repas qu’il affectionne, comme un dessert, un féculent etc (chantage/menace de punition).
  • Dire à l’enfant que cela nous fait plaisir ou cela nous rend triste quand il mange ou ne mange pas (chantage affectif)
  • Dire à l’enfant que d’autres enfants n’ont pas de quoi se nourrir que donc il doit manger (culpabilisation).
  • Faire semblant de déguster, se régaler pour inciter l’enfant à manger (manipulation)
  • Promettre à l’enfant une récompense alimentaire ou d’activité s’il mange (système punition – récompense).
  • Dire à l’enfant que c’est maintenant qu’il doit manger (se remplir) car après il n’y a pas d’autres services/repas/prise alimentaires (menace), sauf cas ou techniquement impossible il y a toujours moyen de prévoir une autre prise alimentaire.
  • Comparer la prise alimentaire de l’enfant avec un autre enfant pour qu’il mange plus (manipulation).
  • Commenter la façon de s’alimenter de l’enfant en lui collant des étiquettes : petit mangeur, gros mangeur, gourmand, difficile, picoreur, etc.
  • Organiser la prise alimentaire de l’enfant pour correspondre à nos contraintes : lui donner à manger avant une sortie, lui donner à manger juste avant de se coucher pour le “remplir” (en espérant qu’il ne se réveille pas la nuit).



Priver de manger :

  • Dire à l’enfant qu’il doit arrêter de se resservir ou de reprendre un aliment car sinon il va grossir ou avoir des problèmes de santé.
  • Dire à l’enfant que ce n’est pas l’heure de manger.
  • Dire à l’enfant qu’il a déjà mangé et que donc il n’a pas à avoir faim.
  • Comparer la prise alimentaire de l’enfant avec un autre enfant pour qu’il mange moins.
  • Interdire à l’enfant de se servir dans le garde manger/frigidaire familial en le soumettant à l’approbation des adultes.
  • Imposer son régime alimentaire à l’enfant en lui refusant systématiquement et en toutes circonstances toute prise alimentaire qui ne cadre pas avec nos convictions principes



Les enfants qui refusent (“boudent”) certains plats ont toujours une bonne raison de le faire, dans certains cas il s’agit même de signaux d’allergies non décelées, comme je vous le rappelais dans le 1 er numéro. Au lieu de se lancer bille en tête de faire manger l’enfant par tous les moyens, j’invite vraiment à une posture d’écoute et de compréhension.

Il est très important d’écouter l’appétit des enfants (envie de manger ou non) pour les accompagner, car les enfants absorbent nos postures : si d’emblée on ne juge pas important leurs réticences premières, leurs appréhensions si on décide de simplement les balayer, alors eux-mêmes se couperont progressivement de leurs propres sensations
  
Ce n’est pas parce que les enfants expérimentent les limites de leur propre corps qu’ils se mettent inconsciemment (ou sciemment) en danger et qu’il y a des risques pour leur santé. 

Un enfant peut vouloir manger une quantité qui nous impressionne et qu’on juge trop élevée pour lui, ou à l’inverse, vivre une forme de mono diète ou jeûne. Il n’y a aucune raison qu’un enfant se laisse mourir de faim ou qu’il s’alimente à s’en s’éclater la panse, s’il fait ces expériences, il y a toujours une raison.

Face à ces expériences nous avons deux choix : celui de les interdire/limiter ou celui de les accompagner.

Limiter et interdire se basent sur un sentiment de peur, elle même fondée sur l’inconnu le manque d’information et de compréhension. 

Nous aspirons tous à la même chose pour nos enfants : qu’ils grandissent en bonne santé. Nous entendons tous les mêmes informations alarmistes sur l’impact sur la santé d’une certaine forme d’alimentation. 

Beaucoup de professionnels agitent les spectres de la négligence ou du laxisme et incitent, consciemment ou non, les parents dans un rapport de force autour de l’alimentation.

Ces spectres alimentent la peur, la même qui pousse au choix des limitations et restrictions. Pourtant la peur n’a jamais été un moteur dans une acquisition ni dans une relation saine …

Pour ceux.celles qui en ont conscience et qui souhaitent du coup opter pour un accompagnement de ces expériences, je vous invite à lire le prochain numéro qui arrivera bientôt dans vos boites.

A bientôt, 

ATELIER 7 jours  pour aider votre enfant à gérer les écrans sainement