Faire passer la pilule (suite)

Bonjour,



Dans le précédent numéro je vous expliquais l’importance de faire l’effort de trouver un traitement adapté en cas de maladie, surtout quand le pronostic vital n’est pas engagé.

Parfois, malgré nos efforts, et face à la nécessité du traitement, nous nous retrouvons limités avec le sentiment de devoir imposer la prise de ce dernier.

C’ est là que notre état d’esprit va être important et on a globalement deux options : 

  • Soit on est en mode “on n’a pas le choix”, on est décidé à faire prendre ce médicament coûte que coûte,
  • Soit on se dit que, malgré les complications possibles, il n’y a pas d’urgence vitale et nous sommes prêts à lâcher prise dans l’instant.



Attention je ne dis pas qu’il ne faut pas donner le traitement et abandonner ! Mais j’invite à enlever les enjeux et peurs de notre esprit ce qui pourra nous permettre une meilleure connexion à notre enfant et laisser la confiance opérer.

Car dans le cas où on part bille en tête d’imposer le traitement, évidemment notre enfant le sentira, et, même si on n’use pas de la force, il finit par se résigner face à notre détermination. 

C’est un rapport de force qui finit, au pire, dans la violence, au mieux, dans la résignation de l’enfant …

Clairement je n’adhère pas à cette posture et comme toujours je m’adresse à ceux.celles qui souhaitent une autre voie.

Quand je lâche prise, c’est à dire quand je décide que je ne vais pas imposer ma décision, j’ouvre une grande porte qui change vraiment la dynamique.

Je ne suis plus dans la peur et le stress. Je me permets une énergie plus positive qui nourrit ma  créativité et mes ressources (patience, empathie, écoute etc).

C’ est toujours dans cette dynamique que les belles choses se produisent : celle de l’échange, de la confiance, de la coopération.

Je vous avez parlé d’un problème dentaire que mon fils a eu : nous avions écumé les dentistes de la ville pour trouver le bon praticien. Mon fils était d’accord pour rencontrer les praticiens et se faire soigner la dent. Il ne savait pas en quoi le soin consistait car nous ne connaissions pas encore l’amplitude du problème.

Une fois le praticien trouvé, et une fois le diagnostic confirmé – il fallait extraire une dent avec abcès (les dentistes disent faire tomber la dent pour “adoucir” la représentation de l’acte), le dentiste nous a proposé de commencer par des soins plus softs pour initier le contact etc. 

Il nous a laissé le choix, plutôt à moi qu’à mon fils, de commencer par tel soin sur une autre dent plutôt que l’extraction. J’ai expliqué que ce choix reviendrait à mon fils. 


Mon fils avait hâte de partir donc je lui ai soumis ce choix à froid à la maison. Il ma dit sans hésiter qu’il souhaitait l’extraction. Je n’étais pas affolée par l’urgence du soin comme le sont certains parents que les dentistes effraient en insistant sur les risques de l’abcès. Si ça avait été le cas, au lieu de laisser le choix du soin à mon fils  j’aurais tout fait pour le lui imposer, par peur. 

Et je sais comment se termine ce genre de choix, pour avoir eu de nombreux témoignages de parents : l’enfant est cloué sur la chaise du dentiste, maintenu de force par des adultes, et se retrouve traumatisé pour un soin. 

Pensez-vous qu’un enfant ainsi traumatisé puisse avoir à nouveau confiance pour des soins ?

J’imagine que si vous avez déjà été dans cette situation avec votre enfant à cause d’une peur, vous êtes persuadés maintenant que ce genre de traumatisme n’est pas aidant et qu’il est même délétère pour la suite.

Et je comprends néanmoins cette peur, je l’ai moi même ressentie à d’autres occasions, mais j’ai décidé qu’elle ne me guidera pas et que je ferai de mon mieux pour m’informer au maximum et prendre des décisions éclairées et de nous laisser le temps. 

Cette peur est souvent liée à un manque : manque d’information, manque de sécurité, manque de confiance.
Pour les soins il me paraît essentiel de bien comprendre les tenants et aboutissants (d’où mon conseil de demander plusieurs avis médicaux). 

Et trouver un praticien de confiance est aussi essentiel : mon fils a choisi son dentiste car le feeling était passé avec lui. 

J’avoue que sur le coup j’ai tiqué car je le trouvais “jeune” : j’avais peur d’un manque d’ expérience. Mais j’ai décidé de faire confiance au choix de mon fils. Et j’ai engagé une vraie discussion avec le dentiste dont la posture m’ a beaucoup rassurée malgré ma première appréhension. 

A plusieurs reprises, à titre personnel et en tant que maman, je me suis retrouvée face à une autorité médicale violente. Et mon réflexe, quand mon fils avait moins d’un an , c’était de me soumettre. Face à leur (présupposée) grande connaissance qui je suis moi pour m’opposer ou demander des comptes ? Leur violence verbale et parfois physique a fait volé cette autorité en éclat. 

Et oui notez bien que c’est ce qui se passe quand on prend le pouvoir : on perd toute autorité (j’avais lu ça quelque part et trouvé ça très juste, je n’arrive pas à retrouver l’auteur, si ça parle à quelqu’un faites moi signe).


Mon fils le sent de son côté et voit que nous faisons tous les efforts pour trouver les soins les plus adaptés afin qu’il ai toujours le choix. 


Cette intention ainsi que le fait d’ être prêt à tout remettre en cause et prendre le temps, sont les éléments essentiels qui ont nourri sa confiance en nous à ce sujet.

Car à une époque, je pensais que sa confiance en nous “en général” suffisait. Ca peut être le cas dans de nombreuses relations : un enfant respecté et écouté fait facilement confiance à l’adulte qui entretient cette qualité de relation. Quand un nouveau cas de figure se présente, admettons des soins, l’enfant ne remet pas en cause les préconisations de l’adulte. C’est ce qu’explique André Stern sur la notion d’autorité de ses parents, il parle d’une confiance absolue.

Je pense, de mon côté, que certains enfants traitent beaucoup d’informations dans leur tête et que la confiance générale ne leur suffit pas : ils ont également besoin de construire de la confiance sur les nouveaux cas de figure. 

Il y a aussi le fait que, parfois, on commet des erreurs et la confiance s’amenuise : il faut alors la réparer.

Les relations sont vivantes et évoluent au grès des situations, c’est important de tenir compte de ce caractère vivant et fluctuant : rien n’est jamais acquis c’est ma profonde conviction.

Comme je le dis toujours, il n y a pas de recettes, ni de méthodes : c’est en vivant les expériences, en prenant le soin de les observer, et aussi d’en discuter, qu’on apprend à nourrir la relation. 

Ce qui nous manque parfois c’est le recul de l’observation et surtout des alternatives à nos schémas/ réflexes qui eux peuvent être délétères.

C’est l’objet de ces dossiers : voire qu’il existe des alternatives, d’autres lunettes 😉

Dans la suite de ce dossier thématique, nous aborderons des situations concrètes et je vous apporterais encore des informations pour vous aider dans votre démarche.

A très vite.

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