L’Empathie Cognitive au service de nos relations avec les enfants

À quoi sert l’empathie ? Peut-on s’entraîner, accroître cette faculté ? Si vous cherchez à vous saisir des superpouvoirs de l’empathie cognitive, cet article est pour vous ! Grâce aux multiples recherches scientifiques sur le cerveau, nous pouvons mieux nous saisir de cette compétence et travailler activement à la développer. C’est une chance immense pour les parents et plus généralement tous les adultes qui cherchent à cheminer vers la bienveillance. Voyons comment augmenter ce bel atout qu’est l’empathie cognitive.

(spoiler : on n’ira pas tricoter avec vos neurones, c’est promis)

La recherche scientifique, notamment les travaux de Rebecca Waller qui a examiné 30 études sur le sujet, démontre aujourd’hui les conséquences des éducations punitives et sévères sur le développement des enfants. Elles peuvent rendre les enfants et adolescents agressifs, anxieux, dépressifs, durs, insensibles et parfois les conduire à de nombreuses difficultés psychologiques, voire psychiatriques, avec addictions aux drogues, à l’alcool, et même entraîner des suicides… Il est donc vital d’arrêter d’humilier et de punir les enfants.

Qu’est-ce que l’empathie cognitive ?

Composée du préfixe “en-” qui signifie “dedans” et de “-pathie”, qui exprime la souffrance, l’empathie se définit par cette capacité de ressentir la douleur de l’autre, ou plus globalement, tout sentiment qu’il éprouve.

Le Larousse nous indique ainsi : “Faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent”.

Mais pourquoi ajouter la précision “cognitive” ?

Les récentes recherches à ce propos (cf. Jean Decety) ont amené à distinguer 2 concepts :

  1. L’empathie émotionnelle : qui désigne le fait de ressentir l’état affectif d’autrui, de partager ses sentiments sans les confondre avec les nôtres (aussi appelée “empathie affective”)
  2. L’empathie cognitive : qui désigne le fait de comprendre les états mentaux d’autrui, ses émotions et ses pensées.

Transposée dans les relations parents-enfants (ou plus généralement : adulte responsable d’enfants), cette 2ème facette de l’empathie peut s’avérer plus accessible à solliciter, en particulier lorsque l’adulte est aux prises avec ses propres émotions.

En effet, chez la plupart d’entre nous, adultes ayant reçu une éducation traditionnelle (donc empreinte de violences), l’empathie semble souvent amoindrie, voire absente. Et ce, malgré son caractère inné.

Or, cette “super-faculté” se révèle être un atout de taille, en particulier face aux comportements difficiles des petits, souvent incompréhensibles pour les adultes.

Partant de ce postulat, je vous invite à explorer comment renouer avec cette vertu, en particulier si vous cherchez à avancer avec facilité vers plus de bienveillance éducative.

Peut-on se montrer plus empathique ?

L’empathie de chacun fluctue naturellement en fonction du contexte, de notre état émotionnel, mais également des expériences passées.

Elle change aussi selon le contexte, le passé et l’état de la personne qu’on a en face de nous. Ainsi, Tania Singer et ses collaborateurs1 ont observé (entre autres) :

  • une diminution de l’empathie lorsqu’on fait face à la douleur d’une personne jugée malhonnête,
  • idem si c’est un individu séropositif dont la maladie a été contractée suite à des comportements à risques (par ex. : prise de drogue),
  • à l’inverse, nos capacités à éprouver de l’empathie pour l’autre augmentent drastiquement si l’on estime que la personne en face “n’a pas mérité cela”.

Conclusion : si l’on travaille à nuancer nos pensées, notamment nos a priori (!) nous pourrons faire plus (ou moins) facilement preuve d’empathie.

Comme l’explique Catherine Gueguen :

« Ce que nous pensons agit sur notre corps et sur nos affects, ce que nous ressentons influence notre intellect et notre corps, ce que notre corps vit, retentit sur notre intellect et sur ce que nous ressentons. »

Comment développer notre empathie envers les enfants ?

La réponse peut paraître simplette, mais sa mise en œuvre se révèle être un véritable challenge pour la plupart des adultes. Cela s’explique par l’éducation qu’ils ont eux-mêmes reçue et les mœurs de la société dans laquelle ils ont grandi. On peut facilement se rendre compte que d’une culture à l’autre, la place des enfants et la considération qu’on leur octroie n’ont rien à voir.

Cette réponse, qui est un principe fondateur dans l’Accompagnement Respectueux des Enfants®, c’est de toujours se placer du point de vue de l’enfant.

Mais qu’est-ce qu’on entend par là ? Qu’est-ce que cela implique concrètement ?

  1. Se placer du point de vue de l’enfant, c’est faire délibérément l’effort de mettre les “lunettes” qu’aurait l’enfant lui-même sur la situation, avec les éléments et les capacités (dont il dispose à l’instant T) pour la comprendre.
  2. Comprendre l’enfant ne signifie pas accéder à toutes ses demandes dès qu’elles sont exprimées. Mais chercher à saisir ce qui s’exprime derrière ces demandes/envies, même lorsqu’elles semblent “extravagantes” ou que la façon dont elles sont exprimées est inacceptable.
  3. Prendre en considération toutes les demandes, c’est donc les écouter, les valider et les estimer comme légitimes, car elles ont toujours une raison d’être.

Comprendre l’enfant et observer les situations depuis son point de vue, c’est donc solliciter notre empathie cognitive qui permet de maintenir la qualité de la relation en toutes circonstances. Montrer notre soutien inconditionnel aux enfants est fondamental pour leur développement.

Un enfant fait toujours du mieux qu’il peut avec ce qu’il a et a toujours une bonne raison de faire ce qu’il fait.

Pourquoi est-il crucial de partir du point de vue de l’enfant ?

Pour la majorité d’entre nous, notre regard (ou nos lunettes !) sur les enfants est entaché de nos propres expériences :

  • les VEO qu’on a nous-mêmes subies,
  • la doctrine du modèle patriarcal qui inonde toujours notre société,
  • les préjugés qui circulent dans notre culture, notamment sur les intentions et capacités de l’enfant,
  • etc.

Or, justement, lorsqu’on souhaite avancer vers des rapports plus conscients et respectueux de l’enfant, il est primordial de se défaire de nos œillères. Partir du postulat des « meilleures intentions de l’enfant » permet donc de se pencher sur la question des besoins pour y répondre au mieux.

Si le bébé est traité avec empathie, compassion et compréhension, ses propres capacités à développer ces qualités s’épanouissent en miroir.

Olivier Maurel (“Oui, la nature humaine est bonne”)

Malheureusement, la croyance populaire veut que les petits se mettent à apprendre à remplir leurs propres besoins (ou à les différer) bien avant qu’ils en soient disposés physiologiquement. C’est le cas notamment dès lors qu’on impose aux bébés un rythme de sommeil et de boire, de dormir dans un lit seul, etc. Alors que l’être humain n’est à l’origine pas conçu pour fonctionner de telles manières.

Partir du point de vue de l’enfant c’est mettre le pied dans un engrenage vertueux :

➜ plus vous vous dites que ces intentions sont forcément bonnes / qu’il fait toujours du mieux qu’il peut,

➜ plus vos capacités d’empathie cognitive s’activent

➜ plus vous comprenez les enfants et améliorez vos relations

et ainsi de suite !

Se servir du pouvoir de l’empathie cognitive : Par où commencer ?

Pour avancer ensemble vers un accompagnement plus respectueux des enfants, il est nécessaire d’accepter de bousculer nos pensées limitantes, sans se limiter aux situations “faciles”. Sans cela, les prises de conscience pour améliorer la considération des enfants et nos relations avec eux seront constamment réfrénées par ces vieux démons.

Concrètement, toujours partir du point de vue de l’enfant signifie donc :

  1. Exclure toute idée alimentant une vision négative/péjorative des enfants, qui partirait du principe que leurs intentions sont “mauvaises”,
  2. Proscrire dans le même temps toute forme d’étiquettes “provocateur”, “menteur”, “tricheur”, “malin”, “feignant”, etc. Ces postulats ne font qu’amplifier les rapports de force, donc les violences.
  3. Exit également les postures de l’adulte qui visent à frustrer l’enfant de façon volontaire, à forcer un apprentissage, à poser des limites abusives simplement parce que “dans la vie on n’a pas toujours ce qu’on veut”.
  4. Se défaire de la croyance “un enfant a besoin de limite et de cadre” : ça ne repose que sur des interprétations d’adultes et ça ne tient évidemment pas compte du point de vue de l’enfant.
  5. De la même façon, prôner des limites en prétextant la protection de l’enfant alors qu’un danger n’est pas avéré est une posture coercitive, délétère pour le développement de l’enfant et pour la relation adulte/enfant. (Disclaimer : bien sûr, la sécurité prévaut dans toute situation de danger imminent, cela relève du bon sens que de ne pas faire d’amalgame)

Évidemment “à chaud”, dans des situations de la vie courante (parentale ou professionnelle), faire l’effort de toujours se placer du point de vue de l’enfant demande beaucoup de ressources et n’est pas tenable pour tout le monde sur un moyen terme.

Je vous invite en revanche à vous appliquer à parler (ou penser) avec plus de justesse à chaque fois que vous êtes “à froid”. Lors de discussion, quand vous repensez à une situation passée… Mettez votre énergie à

  • prendre le recul nécessaire, visualiser la scène comme un film pour pouvoir mettre pause et observer les détails,
  • se questionner sur le(s) besoin(s) sous-jacent(s) de chacun,
  • évaluer lesquelles de nos peurs, croyances, pensées limitantes ont entravé la demande et les ressentis de l’enfant (et travailler à les déconstruire).

En conclusion,

Pour entraîner et tirer parti de votre empathie cognitive, chaussez des lunettes d’enfant et gardez à l’esprit qu’il a toujours une bonne raison de faire ce qu’il fait, et qu’il fait du mieux qu’il peut avec ce qu’il a. Cette posture permet de comprendre l’enfant afin de répondre au mieux à ses besoins, ce qui est essentiel pour sa construction et votre relation.

Certaines pensées-croyances peuvent être profondément ancrées et se munir de connaissances solides à propos du développement de l’enfant est indispensable. L’accompagnement dont vous pouvez bénéficier dans le Cercle des Parents combine exactement ces supers-pouvoirs : une aide à la réflexion et à la prise de recul, une méthode pour abolir nos automatismes délétères et des informations exactes à propos des sujets phares (alimentation, sommeil, écrans, etc. dont vous pouvez recevoir un aperçu gratuitement juste ici).

“Quand un enfant est élevé avec empathie, lui-même devient empathique et il n’y a plus de comportement agressif et antisocial. Cela change toute la société. C’est un cercle vertueux.”

Catherine Gueguen

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Notes

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