Eduquer sans punition ni récompense… Oui mais comment ?!

La punition qu’elle soit physique (châtiments corporels) ou psychologique (privations, isolement, retrait d’amour, réparations imposées, menaces, chantage, etc.) crée des dégâts chez l’enfant et pour la relation.

Toute forme de punition allume la même zone de douleur intense que celle provoquée par les violences physiques. À répétition, elle crée des effets de sidération et grille littéralement des neurones. Il est choquant qu’à nos jours ces informations ne soient pas largement partagées.

Si vous vous proposez de bannir ce type de pratique de votre quotidien, vous êtes exactement à la bonne place. Ici, je partage toutes mes ressources qui permettent aux parents de transformer leurs automatismes pour plus de paix et de respect dans leurs familles.

Éduquer sans punir… quels risques ?

Lorsqu’on souhaite s’éloigner des vieux préceptes éducatifs à base de “Fais ce que je dis, c’est moi qui commande”, pour plus de respect et d’apaisement, ou par principe tout simplement, on arrive assez rapidement à la question des punitions.

Qu’est-ce qu’on en fait ? Comment fait-on sans ? Est-il vraiment possible d’éduquer nos enfants sans jamais les contraindre ?

Ne vont-ils pas devenir des enfants rois ou des tyrans qui vont finir par nous marcher dessus ?

Et puis il faut tout de même qu’ils apprennent que lorsqu’on fait des erreurs dans la vie, il y a des conséquences !

Alors toutes ces questions sont évidemment légitimes et soulèvent des problèmes de fond qu’on va pouvoir explorer en détail. Mais ce qu’il est important d’observer c’est justement toutes ces peurs, toutes ces croyances qu’on porte en nous.

Je vous invite à vraiment méditer dessus avec neutralité, en essayant de ne pas vous laisser submerger par la panique, mais plutôt en vous demandant avec curiosité d’où viennent ces craintes, qu’est-ce que vous imaginez prendre comme risques en tendant à cette éducation sans punition.

➜ Que peut-il arriver de plus grave ?

Pourquoi punit-on les enfants contre notre gré ?

La raison pour laquelle je vous invite à prendre ce temps de recul et cette écoute active de vos ressentis, c’est parce qu’il y a là une clé essentielle : vous êtes toujours en train de combler des besoins.

➜ Et ce, même lorsque vous recourez à des abus de pouvoirs, même lorsque vous réprimandez injustement votre enfant, je sais que c’est toujours pour remplir un besoin.

Comprendre n’est pas cautionner, mais comprendre permet de changer.

Avoir recours à ce qu’on peut appeler de la violence éducative ordinaire est une stratégie néfaste pour l’enfant, pour la relation, mais aussi pour l’adulte. Mais cela reste une stratégie qui permet de remplir un besoin.

Attention… Je ne m’adresse évidemment pas ici aux adultes qui pensent que les violences vis-à-vis des enfants sont justifiables, voire nécessaires, celles et ceux qui prônent les punitions, les menaces, les cris et autres châtiments au nom de la “bonne éducation”.

Inutile de continuer à croire qu’on enseigne quoi que ce soit quand on blâme et qu’on réprime des enfants. Ou alors, on leur apprend certainement : à mentir pour se protéger, à refouler leurs besoins (comme le font si bien les adultes), à craindre les adultes et …à se soumettre à plus fort que soi.

Je veux apaiser les adultes qui régulièrement ou occasionnellement, y ont recours, mais s’en regrettent, ceux et celles qui se sentent coupables et souhaitent véritablement parvenir à se défaire de ces schémas ancrés en eux.

Parce que c’est bien de ça dont il s’agit et vous n’avez pas besoin de vous flageller d’entretenir des stratégies malgré vous : il est normal que dans des situations difficiles, vous utilisiez les mêmes sévices que vous avez vous-même reçus.

➜ Le plus souvent, à cause de la culpabilité qui vous ronge, vous perdez de vue le besoin que vous étiez en train de tenter de remplir. Pire, son remplissage est associé à ce sentiment créant un véritable cercle vicieux entraînant le sacrifice.⁣

Remplacer les punitions : attention aux pièges

Ceci étant dit, j’aimerais vous éviter de tomber dans un autre travers : celui de remplacer les punitions par des alternatives tout aussi préjudiciables pour vos enfants, votre relation et vous-même.

Sanctionner plutôt que punir

Dans l’idée de répondre aux attentes de la vie en société, vous vous dites peut-être qu’il faut tout de même aider vos enfants à se responsabiliser, à agir en respectant les autres, donc vous cherchez des manières efficaces de faire entrer ses leçons dans leurs mœurs.

S’il est évident qu’aucun parent ne souhaite que son enfant se montre agressif, malpoli, voire asocial, il y a derrière la notion de sanction éducative des intentions inefficaces… et des conséquences délétères.

➜ J’ai écrit un article très complet à ce sujet que je vous invite à consulter si vous souhaitez mieux comprendre pour quelles raisons je classe la sanction “éducative” dans la liste des fausses bonnes astuces.

Dans les grandes lignes, le problème majeur derrière cette notion, c’est que l’intention ne change pas. Je vois ça comme “une main de fer dans un gant de velours”. On va remanier nos attitudes et nos phrases pour donner un semblant de douceur et de bienveillance à ce qui continue d’être leçons, privations, pénalités…

La définition du mot sanction est d’ailleurs sans appel : “Peine établie par une autorité pour réprimer un acte. Condamnation. Punition.”

➜ Il serait vraiment dommage de gaspiller votre énergie à manipuler les mots et pénaliser vos enfants de façon plus “douces et utiles”, alors que les séquelles de ces manœuvres seront peut-être pires que la “simple” mise au coin.

Comme un enfant fait toujours du mieux qu’il peut avec les informations qu’il a et dans l’environnement dans lequel il vit, l’attitude respectueuse consiste à comprendre pourquoi l’enfant fait une telle chose.

Ce qui me dérange le plus dans la notion de sanction c’ est le fait qu’on se focalise plus sur le côté « tirer une leçon », « inculquer » des choses à l’ enfant (le responsabiliser sur ses erreurs, etc.) que sur l’accompagnement émotionnel. Personnellement, je suis convaincue qu’on n’a rien à inculquer aux enfants, qu’ils apprennent par imitation, qu’ils ont naturellement des qualités d’empathie et de justice, que si leur état émotionnel le leur permet ils sont ouverts à la coopération, que si on les aime et qu’on leur fait confiance, ils les mettent naturellement à l’œuvre…

S’appuyer sur les conséquences “naturelles” ou “logiques”

“Tu as renversé, pas grave ; tu n’as qu’à nettoyer ça t’apprendra !”

L’autre précepte de plus en plus relayé c’est l’idée de remplacer les punitions par l’alternative “conséquences naturelles”.

Bien évidemment, la vie est pleine de conséquences naturelles. L’attraction terrestre permet aux bambins de se fracasser les genoux, les jouets peu solides se brisent quand on les jette suffisamment fort, les glaces fondent quand on ne les mange pas assez vite.

Le quotidien d’un enfant n’est-il pas déjà assez chargé de conséquences naturelles et d’apprentissages par l’expérience de la frustration ?

➜ Quand on se propose d’avancer vers plus d’apaisement et de respect mutuel avec ses enfants, il est injuste et injustifié de leur rajouter de fausses “conséquences logiques” dans le but de leur apprendre à réparer leur tort ou à mieux se comporter.

Aucun apprentissage ne se fait (correctement) dans la peine et la frustration. Il existe bien d’autres moyens plus efficaces d’accompagner les enfants vers plus d’autonomie, dans le respect de tous.

Pourquoi les alternatives aux punitions ne fonctionnent-elles pas ?

De nombreux parents qui tendent à plus de bienveillance envers leur enfant se retrouvent désemparés quand ils ne parviennent pas à obtenir coopération et harmonie malgré tous leurs efforts.

Peut-être vous êtes-vous déjà dit “J’ai beau rester calme et patient(e), mon enfant ne coopère pas/ il(elle) ne fait pas ce que je lui demande !”.

Vous vous demandez alors comment on peut arriver à nos fins ?

Quelle méthode fonctionne vraiment ?

Quelle est la meilleure alternative aux punitions ou promesses de récompenses (qui forment l’autre face d’une seule et même pièce) ?

En réalité, c’est exactement à cette étape de cheminement que ça coince pour beaucoup d’entre nous.

La fausse bienveillance

Si sévir, faire les gros yeux, user de chantage en tous genres ou compter jusqu’à 3 peut parfois “fonctionner” (comprenez ici : faire faire à votre enfant exactement ce que vous lui avez demandé de faire), aucune autre méthode, aussi douce et bienveillante soit-elle, ne fonctionnera mieux… Si votre intention reste de faire obéir votre enfant.

Chercher à contrôler les faits et gestes de quelqu’un, aussi petite soit cette personne, c’est la définition du mot violence.

➜ Malheureusement, comme l’immense majorité d’entre nous a subi tout au long de sa vie bien plus d’entraves à sa liberté d’exister comme bon lui semble, nous avons intégré dans notre pilote automatique qu’un enfant ne peut jouir de la liberté d’exister comme bon lui semble.

Pourtant, vous avez bien conscience que vos enfants ne sont pas des marionnettes, et si vous vous proposez de rechercher aussi activement des solutions pour les élever aussi respectueusement que possible, une part de vous sait déjà très bien tout cela.

L’inconfort du changement

Mais de la théorie à la pratique, il y a toujours un grand pas à faire. En d’autres termes, à chaque fois que vous tentez de changer de paradigme éducatif, votre esprit va vous envoyer toute une liste de risques les uns plus angoissants que les autres pour vous inciter à faire demi-tour et rester dans le système que vous connaissez le mieux.

➜ Recourir à de l’illusionnisme ou des ravalements de façades pour donner l’impression d’être plus bienveillant alors qu’on reste en réalité dans des mécanismes de domination, ça ne rend service à personne.

La bonne nouvelle, c’est qu’en osant regarder nos peurs en face, on peut déjà rayer de la liste des pires choses qui pourraient arriver, un bon nombre de croyances secouées comme des épouvantails par ceux et celles qui ne veulent pas perdre leur position de dominants.

Ensuite, en regardant nos craintes en face, on se rend vite compte qu’un bon nombre ne nous appartiennent pas (c’est la peur de tante Germaine, de la fille du voisin, ou de la patronne de la boucherie…) et d’autres sont finalement peu tangibles si l’on y réfléchit bien.

Et pour le reste de tous les “Oui, mais…” qui vous viennent à l’esprit lorsque vous songez à accompagner vos enfants sans punition ?

Il va bien falloir trouver des solutions pour amener l’enfant à se comporter d’une bonne manière finalement…

Disclaimer : je tiens à rappeler que toutes ces “Mais…”, toutes les craintes qui vous viennent, ce sont des résistances normales, ne baissez pas les bras, mais prenez-les plutôt comme autant d’indices vous permettant de surmonter les obstacles sur votre route. Toutes ces résistances qui vous viennent quand vous êtes pourtant bien décidé à changer de mode de parentalité sont à accueillir et à éclaircir sans quoi vous ne pourrez continuer d’avancer.

Éduquer sans punir, version réaliste

Pour sortir définitivement de ces systèmes de punitions/récompenses, sans baguette magique et sans retomber dans vos vieux démons ad vitam aeternam, je vous invite à vous explorer ces 3 étapes fondamentales de l’accompagnement respectueux des enfants.

1/ S’informer pour se défaire des croyances limitantes, connaître le développement de l’enfant et le fonctionnement du cerveau.

➜ C’est grâce à ces prises d’informations que vous pourrez mettre en œuvre de nouvelles stratégies pour accompagner vos enfants vers plus d’autonomie sans ne jamais être tenté de recourir aux menaces ou autres attitudes coercitives.

J’ai rendu accessibles en téléchargement gratuit des dossiers complets à cet effet, pour vous permettre d’accéder à un condensé d’informations sur les thématiques qui coincent le plus souvent dans les familles (écrans, alimentation, hygiène, etc.), consultez-les ici.

2/ Lâcher prise et partir du point de vue de l’enfant

➜ Se placer du point de vue des enfants, c’est faire l’effort de mettre les lunettes qu’auraient les enfants sur une situation donnée. C’est faire l’effort de se mettre à leur place, avec les éléments et les outils dont ils disposent à l’instant considéré (environnement, informations, capacités, compétences), pour les comprendre.

Comprendre ne veut pas dire accéder à la lettre à toutes les demandes au moment même où elles sont exprimées.

Cela veut dire faire l’effort de rechercher ce qu’il y a derrière chaque demande, chaque envie. Même lorsqu’elles semblent « extravagantes », elles ont toujours une raison d’être. Cela veut dire prendre en considération ces demandes : les entendre, les écouter, les valider, les considérer comme légitimes.

Comprendre n’est pas accepter. Comprendre c’est avoir cette empathie cognitive qui permet de maintenir la relation et de montrer un soutien aux enfants. Ce soutien nécessaire à la confiance et essentiel pour leur développement.

3/ Respecter les besoins de chacun

➜ Tout individu est mû par ses besoins et derrière chaque comportement, aussi “inacceptable” puisse-t-il être, il faut se rappeler que la personne nourrit l’un de ses besoins.

Quand quelque chose ne peut pas être acceptable d’un point de vue de la stratégie, ce n’est pas le besoin qui est en cause. Celui-ci est toujours légitime, c’est la stratégie qui va être problématique (parce qu’elle est dangereuse, ou qu’elle entrave le respect d’autrui).

L’idée c’est donc de se focaliser sur le besoin et de trouver un moyen de le combler de façon acceptable, en essayant d’éviter de retomber dans le piège des résistances qu’on a citées plus haut.

L’enfant n’est pas en train de vous infliger volontairement une charge supplémentaire, ni de braver un interdit juste pour vous provoquer, ou encore moins de faire du cinéma pour obtenir tout ce qu’il désire. Laissez ces croyances de côté.

Quand on fait ça, l’enfant est plus ouvert puisqu’il a en face de lui quelqu’un qui veut s’occuper de son besoin, qui est là pour le réorienter d’une façon acceptable que ce soit pour lui, pour les autres, etc., et donc va être plus ouvert à entendre cette stratégie qu’on lui propose.

Si l’on est toujours dans cette démarche de réorienter la stratégie et de s’occuper du besoin plutôt que d’empêcher, il n’y a aucune raison que l’enfant parte dans ces états-là.

Et c’est pour ça que je n’adhère pas du tout à tout à ce discours de la parentalité dite positive et bienveillante sur les “frustrations nécessaires” ou “l’accompagnement des frustrations”, puisqu’elle s’occupe rarement du besoin des enfants, et que finalement on s’en tient à poser des interdits, des non, des limites, des cadres, alors qu’au final, le besoin de l’enfant n’est pas du tout rempli et que cette accumulation de besoins non remplis c’est justement ce qui va créer les plus grands conflits derrière dans la relation.

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