La Guerre des Nerfs

Les crises de colère de nos enfants, auxquelles je préfère le terme “tempêtes émotionnelles”, sont (pour la plupart d’entre nous) vraiment énergivores. Les accueillir avec empathie est éprouvant. Parfois même, c’est impossible. Comment ne pas se mettre à crier lorsqu’on est à bout de nerfs ? Que faire pour éviter de sortir de nos gonds ?

Sujet souvent tabou en éducation dite “positive”, la réalité des parents (et des éducateurs plus généralement) ne ressemble pas aux exemples romancés qu’on peut lire ici ou là.

On va donc parler des émotions et des difficultés, les vraies. Celles que vous traversez au quotidien, pour voir comment les gérer avec les ressources dont vous disposez.

Comment accueillir les crises (ou tempêtes émotionnelles) ?

Vous risquez de traverser une zone de turbulences sous peu.
Que vous ayez un bambin, un enfant de 6-7 ans, ou un ado à la maison, la mallette d’urgence à préparer est la même.

On la vérifie tant que tout est calme ?

⚠ Gardez bien à l’esprit :

  • Un enfant fait toujours du mieux qu’il peut,
  • Il n’est pas en train de simuler (quelque soit la raison pour laquelle il pète un plomb),
  • Ce n’est pas un caprice ni une comédie,
  • Il ne cherche pas à vous provoquer ou à vous nuire,
  • Il est en difficulté, donc, forcément, ces capacités sont altérées,
  • Il a besoin de votre aide.

Mais vous savez certainement déjà tout ça, n’est-ce pas ?

Je radote parce que c’est nécessaire.

Si vous cherchez des solutions pour garder votre sang froid lorsque votre enfant part en vrille, je viens de vous en donner une :

Révisez vos classiques. Répétez ces concepts pour qu’ils piquent la place à ces vieux automatismes inscrits en vous.

Il faut changer de perspectives. Opérer ce changement de lunettes pour modifier notre posture. Que votre fils ou votre fille ait 2 ans, 8 ans ou même 15 ; les principes précités sont les mêmes.

“Si l’on présume toujours de la bonne intention de la personne, on peut réfléchir à froid sur ce qui a pu l’empêcher d’agir d’une autre façon et se préparer soi-même à accompagner les tempêtes émotionnelles de façon plus ancrée.”

Ceci étant dit.

Il y a des situations où l’adulte se retrouve autant submergé que son enfant. Et le risque de violence est grand dans ces moments-là.

Pour éviter la guerre des nerfs, il faut s’occuper de son état avant de s’occuper de celui de son enfant.

Selon le même principe que le masque à oxygène en avion : mettez d’abord le vôtre pour être en capacité de porter assistance à vos proches.

Pourquoi se retrouve-t-on submergé quand un enfant pique une colère ?

Qu’est-ce qui fait que, malgré toute notre volonté, ce soit si difficile de rester zen lorsqu’un plus jeune traverse une crise ?

Nos automatismes se croient tout permis

Vous avez beau avoir compris les fondamentaux sur le développement cérébral, assimilé que les caprices et autres comédies n’existent pas, intégré le fait que l’agressivité d’un enfant en pleine tempête émotionnelle est naturelle.

Le problème, c’est que les préjugés sont profondément ancrés en nous.

Et dès que nos ressources s’amoindrissent, nos pensées mécaniques reprennent facilement leurs droits.

Nous avons perdu de vue nos propres besoins

“On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas.”

Si l’on ne prend pas en compte nos propres besoins, on aura du mal à accompagner les plus jeunes dans les leurs.

Alors vos besoins à vous ? Sont-ils satisfaits ou ignorés ?

Accompagner respectueusement les enfants dans le remplissage de leurs besoins ne signifie en aucun cas “ignorez les vôtres” ! Prenez soin de vos ressources.

Nous n’avons pas appris à accueillir nos émotions

Même la colère est saine en réalité.

Comme toutes les émotions, elle assure une fonction de messagère, pour nous aider à identifier les besoins que nous devons combler.

A l’inverse, la frustration découle de besoins non remplis, que la colère n’a pas permis de satisfaire.

Elle va créer une forte charge qu’on nous a appris à tasser. Parce que la colère est vue comme négative et que l’éducation classique vise l’obéissance ; la plupart des individus finissent frustrés.

La frustration est devenue prônée comme un indispensable de l’éducation. Alors qu’elle est un véritable poison qui conduit à des états et des comportements toxiques.

Une personne en colère peut l’exprimer sans blesser l’autre pour honorer ses besoins. Une personne frustrée se déchargera sur l’autre, du fait de l’impossibilité pour elle de remplir ces mêmes besoins.

Notre mémoire traumatique fracasse nos compétences

Parce que vous-mêmes avez reçu des réponses violentes de la part des adultes lorsque vous étiez en difficulté, votre mémoire vous fait du tort.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Vous avez sans doute entendu parler du trouble du stress post-traumatique ?

Les travaux scientifiques sur la mémoire traumatique vont plus loin : cette dernière peut avoir été altérée au point d’avoir des conséquences sur les émotions, même plusieurs décennies après l’événement.

On sait aussi que les sources de ces traumatismes vont bien au-delà de ce qu’on conçoit comme des “dangers” puisque la perception des enfants est incomparable à la nôtre.

C’est d’ailleurs à cause de cette immaturité cérébrale que leurs réactions peuvent nous paraître disproportionnées.

“95% des adultes ont subis de nombreuses VEO (*violences éducatives ordinaires) dans leur enfance et continuent d’en souffrir à travers leur mémoire traumatique.”

Toute tempête émotionnelle de nos enfants peut alors déclencher cette association inconsciente entre une situation anodine (il/elle crie, frappe, jette de la nourriture, refuse de dormir, etc.) et la perception d’un danger pour notre vie.

On sort alors de nos gonds : on ne contrôle plus nos réactions ou, à l’inverse, on reste sidéré.

Nous subissons nos défaillances

Si vous ne considérez pas la violence comme une solution acceptable, vous vous retrouvez sûrement dans des situations où vous “craquez” et devenez agressif/agressive malgré vous.

Immédiatement pris(e) de culpabilité, de honte et de remords, vous vous dites

“Pourquoi, malgré tous mes efforts, je continue à répéter ces mêmes schémas ?!”

Et bien, c’est par défaillance, au sens “dysfonctionnement”.


Les connexions neuronales nous permettant de “gérer” des états émotionnels intenses (en les accueillant et en les exprimant de façon écologique pour soi et pour les autres) commencent à se développer à partir de 6/7 ans. Pour atteindre une certaine maturité vers 25 ans.

Ne pas être en capacité d’exprimer nos émotions de façon convenable après 25 ans, c’est donc une défaillance.

Les circuits neuronaux en question ne se sont pas développés.

La raison ?

La manière dont nous-mêmes avons été accompagnés. Les violences (et tout autant les “VEO”) abîment le cerveau au point d’empêcher des connexions neuronales, donc de retarder le développement cérébral, voire même d’entraîner des blocages équivalents à des lésions cérébrales (donc irréversibles). (Cf Docteur Muriel Salmona)

La bonne nouvelle c’est que nos méninges bénéficient d’une plasticité permettant de “recréer” certains circuits.

C’est justement pour combler ces lacunes que j’ai créé ma propre approche (pilier de mon accompagnement au sein du Cercle des Parents)

Que faire pour éviter de crier quand il/elle est en pleine crise ?

Apprendre à accompagner nos émotions pour rester calme pendant les tempêtes de nos enfants

Une émotion, c’est une énergie dans le corps. Elle agit comme un indicateur pour mettre en évidence nos besoins non remplis.

C’est donc un message qui veut nous mettre en action.

Il est essentiel :

– d’écouter cette information,

– de la verbaliser, par exemple en se disant : “OK, j’ai ressenti ça, c’était parce qu’il s’est passé telle chose, je comprends mon état.”

– de se donner de l’empathie, de se dire “J’ai le droit d’avoir ressenti ça, c’est normal que je me sente comme ça.”

Pour aller plus loin, en EFT (*Emotional Freedom Technique) on pratique une phase d’acceptation, en formulant qu’on s’aime malgré nos émotions qui nous font souffrir.

“Vous pouvez vous remercier de ressentir ça et d’avoir cette conscience, cette mécanique saine dans votre corps.”

✅ En ayant cette gratitude pour vos émotions, en se donnant de l’empathie, vous allez faire travailler la zone dite préfrontale du cerveau.

✅ L’émotion aura alors suivi son circuit normal, permettant la libération de toutes vos compétences.

✅ En aidant l’émotion à faire son circuit “normal”, le centre de décision situé dans le cortex préfrontal se mettra en activité, vous permettant alors de solliciter votre créativité.

Exactement ce dont vous avez besoin pour trouver des leviers de changement, l’élan de sortir de votre zone de confort et d’élaborer des stratégies pour éviter que la situation qui vous a dérangé ne se répète.

Accueillir nos incapacités pour tempérer nos propres crises de nerfs

Parfois, on manque si cruellement d’empathie qu’il nous est impossible de nous “connecter”. On est juste en souffrance nous aussi, sans compter tous les stimulis auditifs et visuels qu’émet notre enfant en pleine tempête.

C’est primordial d’accueillir notre incapacité dans ces moments. Se dire “OK, je ne peux pas répondre à ses besoins. Je ne peux pas le/la supporter quand il/elle est dans cet état.”

De nombreux parents se retrouvent submergés.

Si vous êtes en difficulté mais qu’il vous reste un once d’empathie, gardez-la pour vous.

Ce n’est pas égoïste. Gardez votre empathie pour vous parce qu’elle va se bonifier, s’amplifier et vous pourrez alors en avoir pour votre enfant.

Ne vous maltraitez pas à vous forcer à accompagner vos enfants dans leurs tempêtes lorsque c’est trop dur.

Néanmoins, si ces situations sont systématiques, qu’à chaque crise vous avez juste envie de fuir, il y a quelque chose à creuser. Vous devez essayer de comprendre pourquoi vous êtes dans cet état de stress automatiquement.

En attendant, accueillez chaque étape, acceptez les difficultés et les erreurs que vous commettez.

Anticiper nos propres besoins pour éviter de péter les plombs

Le but d’une émotion, c’est de nous faire comprendre qu’on a des besoins à remplir.

Or, nous avons été si bien conditionnés (à l’obéissance, à la frustration, au silence, etc.) qu’on ne sent même plus ces besoins.

Incapables de les reconnaître, on va se figer sur nos émotions sans les comprendre. Et in fine, on va péter un câble un peu toujours dans le même contexte.

Je vous invite à écouter cet extrait du Cercle des Parents pour mieux comprendre comment prendre en charge vos besoins :

Et quand malgré tout on bouillonne de rage ?

Pour éviter que votre colère ne cause des dégâts, il faudra à minima tenter de la rediriger.

Lors d’une crise, si vous sentez la rage monter, réagissez avant que la cocotte minute n’explose :

  • RESPIREZ
  • Passez le relais si c’est possible
  • Isolez-vous, en prévenant votre enfant si vous y parvenez (“Je suis désolé(e)/C’est trop dur pour moi, j’ai besoin d’une minute, je reviens tout de suite…”)
  • Déchargez (vous pouvez utiliser les outils du “Kit Colère”)

Une fois votre propre état accueilli, la posture SAVE* pourra suivre son déroulement pour accompagner respectueusement la décharge de votre enfant.

*Posture SAVE : enchaînement d’étapes à l’accompagnement des tempêtes émotionnelles développée en détails ici et

FAQ

Que faire quand on ne parvient pas à se retenir de crier ?

Crier ses besoins ce n’est pas de la violence en soi. Si on ne crie pas sur quelqu’un (pour décharger sur l’autre en le tenant responsable, ou pour lui faire faire quelque chose qui viserait à remplir notre besoin). C’est une stratégie qui est, soit acquise (de par nos conditionnements/automatismes), soit “naturelle”, dû au stress qu’on a dans l’instant. Avec le développement, on est censé transformer cette stratégie pour une façon plus convenable socialement. De sorte à ce que cela ne blesse personne. Si cela n’a pas été fait, que l’évolution de cette stratégie au cours de notre développement à été entravée, on peut réorienter le cri sans blesser.

Par exemple, en hurlant son besoin dans un coussin, de sorte à décharger sans hurler sur nos enfants. En tenant compte de l’impact que cela peut avoir sur eux, puisqu’il est probable que cela leur fasse peur tout de même.

Que faire pour éviter de crier sur notre enfant quand on est à bout ?

Avec nos capacités cérébrales d’adultes, nous sommes en mesure de réorienter, dans notre expression, cette vague d’émotion que représente notre colère.

Voici un exemple concret. Vous êtes en train de vous reposer dans le salon après une dure et longue journée remplie de 1001 responsabilités et sources de stress. Votre enfant débarque dans cette pièce commune et active son jouet le plus bruyant juste à côté de vous. Option 1 : « Arrête ce bruit tout de suite et va dans ta chambre ! »⁣ Option 2 : « Stoooop ! Là, tout de suite, j’ai besoin de calme et de silence. »⁣

La 2ème option, centrée sur votre besoin (et avec l’emploi du « je » notamment), sera beaucoup moins violente et vous pourrez facilement y revenir à froid et expliquer à votre enfant que vous avez exprimé votre besoin de façon trop intense qui a pu l’effrayer. Mais cette version ne lui causera pas de blessures ou de traumatismes comme lorsque vous criez directement sur lui. ⁣Ce sont ces changements de choix dans les options qui se présentent à vous qui vous permettront petit à petit d’adopter les réflexes d’une communication non violente au profit d’un équilibre dans votre relation avec votre enfant. ⁣

Pourquoi mon fils / ma fille part en crise quand je lui demande quelque chose ?

“Même si notre enfant de 6 ans sait parfaitement s’exprimer, réaliser des tâches complexes, etc, parfois je lui demande juste de ramasser l’objet qu’il a jeté et ça part en crise”.

Les capacités varient selon nos états, et ce à tout âge. Il faut donc éviter d’avoir des attentes particulières. Souvent, on attribue aux enfants des compétences ou comportements, (qu’ils “devraient avoir”) par exemple parce qu’on a toujours entendu que 6-7 ans c’est l’âge de raison. Ces attentes nous coupent de l’empathie donc nous empêchent d’accompagner respectueusement nos enfants. Or les neurosciences nous montrent que les connexions neuronales qui permettent la prise de recul, l’analyse, etc., ne commencent qu’à 6-7 ans. Ça ne se passe pas du jour au lendemain et le temps que prend cette maturation cérébrale dépend aussi du contexte dans lequel l’enfant a grandi.

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