Qu’est-ce que le “terrible two” ? Mieux comprendre pour trouver des solutions

Mon enfant fait crise sur crise, je n’en peux plus et je n’y comprends rien ! Pourquoi ces réactions si virulentes ? Je ne vois aucune raison de se mettre dans un tel état, alors qu’est-ce qui cause toutes ses frustrations, ses refus, ses colères ? La période que certains appellent “crise des 2 ans”,”terrible two”, ou encore “phase d’opposition et de frustration”, est toujours présentée comme normale et quasi inévitable.

Pourtant, il y a bien une explication derrière tous ces comportements protestataires. Nos petits chérubins ne mutent pas soudainement diablotins juste parce qu’une mouche les aurait piqués (ni parce qu’ils ont 18, 20 ou 24 mois…).

S’il existait un bon “manuel du futur parent”, on pourrait s’éviter bon nombre de situations extrêmes (et éreintantes). Mais, pas de panique si vous êtes en plein dans la traversée du désert aux côtés de votre bambin sens dessus dessous : tout ça se rattrape.

En commençant par comprendre comment vous en êtes arrivés là, vous pourrez enfin mettre la main sur des solutions concrètes.

(Spoiler : il ne s’agit pas de réciter des formules magiques les soirs de pleine lune !)

Pourquoi mon enfant fait un “terrible two” (crise des 2 ans) ? De quoi ça vient ?

Si vous recherchez activement des informations à son sujet, vous devez déjà avoir en tête différentes hypothèses.

Pourtant, à mon sens, on entend rarement parler de ce qui se trame vraiment derrière un “terrible two”. Et les erreurs de jugement ouvrent généralement grand la porte aux problèmes supplémentaires.

Les mots qu’on emploie structurent nos pensées, influencent nos postures et nos comportements.

Comment définit-on le “terrible two” ?

“Période où l’enfant, âgé de 18 à 36 mois, s’oppose fermement à l’adulte. Cela se traduit notamment par des “non” très virulents.”

Qu’est-ce qu’on en déduit ?

“OUF, je n’y suis pour rien, c’est une phase inévitable et normale, on ne peut rien y faire, c’est comme ça, tous les enfants passent par là.”

Sauf que c’est précisément par cette croyance que le cercle vicieux des crises s’amplifie : à mesure que les adultes se convainquent que tous ces comportements (crises, coups, refus, explosion de colère, etc.) sont classiques et que cela va passer.

Certains même, jugent cette phase comme étant structurelle du développement de l’enfant.

Qu’est-ce qui se cache derrière cette phase en réalité ?

Comme beaucoup de théories bancales, le « terrible two » est le fruit de l’interprétation des adultes sur les comportements des enfants lors de cette « période ».

Tout se passait relativement bien avec bébé jusqu’ici et voilà qu’à environ 2 ans, on fait face à des comportements qui dérangent, qui chamboulent, qui résonnent et qu’on a du mal à comprendre…

Il est donc humain qu’on cherche à donner du sens à ces attitudes et situations difficiles pour mieux appréhender notre rôle de parent.

Or, si l’on étudie ces phénomènes de façon plus rigoureuse, on se rend vite compte que les “phases de crises” ne surviennent pas chez tous les enfants.

On pourrait penser que certains y “échappent”, ne font qu’un “mini terrible two”, que la phase du non est passée inaperçue… Mais dans d’autres pays où personne n’a jamais entendu parler de ce phénomène ? Pourquoi y aurait-il une différence dans le développement des enfants ?

Le terrible two n’existe pas

Les enfants ne sont pas des manipulateurs

Il faut bien admettre que les adultes interprètent souvent les comportements des enfants. On estime que s’il dit “non”, c’est qu’il s’oppose à nous. Que s’il refuse quelque chose, il est dans la provocation, il teste les limites, etc.

On répète ces phrases types de génération en génération, alors comment pourrait-il en être autrement ? Pourquoi devrait-on remettre en question ces concepts qui semblent bien logiques et sont développés en long et en large par des professionnels de la petite enfance ?

Pourtant, dans d’autres sociétés, ces comportements d’enfants ne sont absolument pas interprétés de la même façon. Et lorsqu’on parvient à se reconnecter à notre empathie, à prendre du recul, en s’imprégnant de l’amour inconditionnel et de la confiance qu’on porte envers ces petits humains, on peut alors se détacher de ce type de préjugés.

Pourquoi devrait-on cesser de croire au “terrible two” ?

Il y a 3 conséquences terribles avec l’usage d’expressions telles que “terrible two”, “période de crise”, “phase d’opposition et de frustration”, etc.

  1. Elles sont hyper stigmatisantes pour les enfants et leur attribuent de mauvaises intentions,
  2. Elles agissent comme des prophéties et reportent la responsabilité sur les enfants,
  3. Elles sous-entendent “C’est juste une mauvaise période, on va serrer les dents le temps que ça passe”, donc personne ne s’inquiète d’en identifier les causes et d’essayer d’apaiser la situation. Pire encore, de nombreux parents sont poussés à contraindre l’enfant d’autant plus durant ces phases pour qu’il soit “bien éduqué” (ce qui amplifie encore les fractures dans la relation parent-enfant et brise l’estime de soi/la confiance en soi chez l’enfant)

À propos de ce que la psychologie d’inspiration analytique appelle la « phase d’opposition », nommant ainsi cette période autour de 2 ans où des enfants (et non pas « les » enfants, c’est bien là où se trouvent les limites de cette affirmation) disent « non » sans arrêt et refusent (en apparence) tout ce qu’on leur propose. Mon expérience de psychopédagogue m’a rapidement amenée à mettre en doute cette théorie médiatiquement très répandue (mais jamais démontrée) et considérée partout comme un acquis, non seulement parce qu’elle est un stigmate adultiste pour les enfants, mais surtout parce que ce comportement n’est ni endogène, ni universel (il suffit de voyager un peu et rencontrer d’autres cultures pour s’en apercevoir) : il est réactionnel et procède d’apprentissages. Laurence Dudek

Comment éviter le “terrible two” ?

Peut-être êtes-vous en train de vous dire : “Mais si ça n’existe pas, on pourrait l’éviter facilement non ?”.

Oui, mais attention ; « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent »…(Merci Einstein !)

Ce que je veux dire par là, c’est qu’on ne peut éviter les conflits dans une relation tant qu’on use de rapport de force.

Prévenir les éventuelles périodes “sismiques” nécessite de revoir la parentalité sous un tout autre angle si l’on est encore pris dans les carcans de l’éducation traditionnelle.

Comprendre les réelles causes

Et oui, cela paraît évident ! Si l’on sait comment naissent les comportements qu’on associe à la “phase d’opposition”, on devrait pouvoir attaquer le problème à la racine.

1. Les enfants apprennent par imitation

Dans la plupart des familles, il y a UN mot que bébé entend le plus dès le moment où il gagne en motricité : “NON, ne va pas par ici”/”NON, ne touche surtout pas à ça”/”NON, tu ne peux pas faire ça !”/”C’est dangereux/fragile/pas à toi ça, STOP, NON !”.

Les enfants sont programmés pour agir par imitation ; c’est ainsi qu’ils apprennent à se comporter comme leurs pairs. Ainsi, lorsqu’on ne cesse de leur dire “non” , par peur qu’ils fassent de la casse, qu’ils tombent, etc., dès qu’ils vont commencer à parler, ils vont naturellement exprimer leurs besoins sur le même mode de communication.

2. L’attitude des parents engendre des frustrations terribles chez les enfants

Tout individu est programmé pour satisfaire son besoin d’autonomie. Or là aussi, les parents ont souvent du mal à laisser les petits expérimenter, tester, se tromper, casser…

Certains enfants finissent par se résigner et deviennent “mous” ; ils attendent qu’on fasse tout à leur place constamment puisqu’on ne leur laissait jamais la possibilité de se débrouiller quand ils en avaient l’élan… Mais la plupart vont exprimer avec virulence ce besoin d’indépendance dès qu’ils auront gagné en capacités motrices et verbales.

Décider par soi-même et agir librement étant également très important pour le développement de l’autonomie, lorsqu’on a toujours imposé à l’enfant le quoi, le quand et le comment, on assiste souvent à des crises impressionnantes au sujet de la couleur d’un vêtement ou du moment du départ du parc…

3. La couche bonus : les émotions

En plus d’être dans l’opposition permanente face aux choix, aux expériences, au rythme de l’enfant et de provoquer ainsi de nombreuses frustrations, les parents vont souvent brimer l’expression des émotions.

“C’est pas grave, il faut pas pleurer pour ça”, “Oh, mais t’as pas fini de chouiner tout le temps”, “T’en as pas marre de faire des caprices pareils, c’est ridicule”…

Toutes ces remarques qui apprennent à l’enfant que non seulement

  1. il n’a pas à exprimer ses émotions (parce que ça dérange), mais qui lui font croire, en plus, que
  2. ses émotions ne sont pas légitimes.

Bilan : pendant 2 ans, l’enfant n’a pas eu la possibilité d’extérioriser ses émotions, de donner son consentement, de satisfaire ses besoins d’explorations, d’autonomie, etc.

Dès qu’il a enfin la capacité de s’exprimer, il va affirmer ses besoins/émotions, de façon virulente.

On se prend un véritable retour d’élastique : plus l’enfant a été frustré en amont, plus ses réactions sont explosives. Son mal-être se manifeste.

Agir en amont (en éliminant les causes donc)

Pour parvenir à éviter la “crise des 2 ans”, il est donc nécessaire d’apprendre à accompagner respectueusement son enfant.

Évidemment, c’est plus simple à dire qu’à faire pour nous, parents qui avons été éduqués “à l’ancienne” : ce n’est pas inné, mais on peut toujours changer (a minima) d’intention dans nos façons d’être.

3 pistes pour éviter le “terrible two” :

  1. Cessez de penser que les frustrations des enfants sont excessives : il est indispensable de se défaire de ces mythes stigmatisant les enfants comme des êtres “provocateurs”, qui vous empêchent de prendre du recul et d’utiliser votre énergie à trouver des solutions pour apaiser la situation.
  2. Cherchez à respecter au maximum les besoins et le consentement des enfants. Vous aurez tout à y gagner d’adapter votre environnement et votre rythme de vie pour laisser plus de libertés à vos enfants, au lieu de constamment interdire, contraindre, dire “non”, etc.
  3. Sollicitez votre empathie en observant vos enfants plutôt qu’en vous précipitant à corriger ce qu’ils font. Lorsqu’ils agissent d’une manière qui vous déplaît, cherchez plutôt à comprendre où a-t-il appris cette attitude (qui imite-t-il) et travaillez à lui apprendre d’autres stratégies plutôt que de focaliser son attention sur ce qu’il ne faut pas faire.

Conseil Bonus : Faites-vous confiance et faites confiance à vos enfants 🙂

Des solutions pour sortir du “terrible two”

Réussir à se responsabiliser

De nombreux parents réagissent au quart de tour lorsqu’on s’exprime sur ces fameuses phases de crises en avançant qu’elles ne sont que des interprétations à base de mythes psychanalytiques.

Pire encore lorsqu’il est avancé qu’un enfant qui est respecté depuis sa naissance ne traverse pas ce type de périodes explosives.

Et c’est bien normal de se sentir en faute (de toute façon, quel parent parvient à ne jamais douter ?).

Personnellement, j’invite toujours les parents à transformer leur culpabilité en énergie créatrice de changements.

Autrement dit : plutôt que de se sentir coupable, sentons-nous responsables. Cela changera toute la dynamique de nos pensées, donc de nos attitudes.

Nous pouvons par exemple, prendre conscience que c’est une chance d’avoir en main la possibilité d’apaiser le quotidien et d’améliorer la relation à nos enfants.

Pour vous aider à avancer vers une parentalité plus apaisée, je vous invite à télécharger les “Dossiers thématiques” liés aux problématiques que vous rencontrez actuellement (sur cette page)

Mais…comment gérer les limites alors ?

“Si je le laisse faire, il va devenir un tyran !”

Nos croyances ont la peau dure et il est difficile de s’en défaire. Pourtant, le “besoin de limites” est tout aussi fantasmagorique que les autres mythes au sujet des enfants.

Il existe à présent bien assez de fondements sérieux et scientifiquement rigoureux pour mieux comprendre le développement des enfants et tourner les talons face aux préjugés.

Pour résumer :

  • L’enfant a besoin d’être libre d’explorer pour se saisir du monde qui l’entoure et la qualité de la relation avec leurs parents (ou figures d’attachement) est étroitement liée à sa maturation.
  • Il n’a pas besoin de se confronter à l’autorité pour apprendre à respecter ses pairs. Au contraire, vivre des expériences dans l’empathie et la reliance développe ses fonctions supérieures (qui permettent notamment de se comporter de façon plus “acceptable” en grandissant).
  • L’enfant fait toujours de son mieux et agit de la même façon qu’on procède avec lui.

« C’est lorsqu’ils semblent en mériter le moins que les enfants ont le plus besoin d’amour et d’attention. »

Aletha Solter

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