Comment éviter les V.E.O. (violences éducatives ordinaires) au quotidien ?

Chantage, menaces, punitions, et cris à chaque débordement ; vous ne voulez plus user de violence dite « ordinaire » (ou V.E.O.) sur vos enfants. Et pourtant, ça a souvent l’air plus difficile qu’il n’y paraît. Vous avez beau être déterminé(e) à sortir de ce cercle vicieux, à éviter définitivement ces pratiques éducatives d’une autre époque, vous n’y parvenez pas. Malgré votre bonne volonté et votre conscience des conséquences, c’est comme une vieille rengaine qui finit toujours par revenir.

Pour ne plus glisser vers la culpabilité et le sacrifice permanent ni les « Tant pis, après tout, ils ne vont pas en mourir. », voyons ensemble comment se défaire méthodologiquement de ces habitudes délétères tant pour nous que pour nos enfants.

Comment éviter les V.E.O. (Violences Éducatives Ordinaires) : Prérequis

1/ Ne pas baisser les bras

« Je me sens nul(le), je ne comprends pas pourquoi je n’y arrive pas ! Pourquoi est-ce que je continue à user de VEO alors que j’en connais les conséquences ? »

De plus en plus de parents se remettent en question de nos jours. Et c’est plutôt une bonne chose.

Je ne vais pas ici vous pousser à déculpabiliser en vous disant que « ce n’est pas si grave », que « votre enfant va bien », que « vous n’êtes pas maltraitant(e) »… Ce serait presque insultant.

Je sais la peine que vous êtes en train de vous donner à essayer par tous les moyens de ne pas reproduire ce que vous avez vous-même reçu. Je vois la résistance dont vous faites preuve pour ne pas vous laisser happer par les discours empreints de domination patriarcale.

Ce serait vous condamner à rester empêtré(e)s dans ces schémas contre lesquels vous luttez.

Mais je tiens à vous partager deux clés :⠀

  1. Ce changement n’a pas à être un enfer ni un sacerdoce.⠀
  2. Vous avez les qualités innées pour vivre cette métamorphose : l’empathie et l’attachement.⠀

2/ Ne pas faire demi-tour

Cette capacité que vous avez à créer du lien avec votre enfant et le moteur puissant de l’amour que vous lui portez sont les ailes qui vous permettront de vivre la parentalité que vous souhaitez : apaisée, respectueuse, qui tient compte des besoins de tous et qui vous permet de fonder une relation exceptionnelle avec votre enfant.

Cependant, soyez indulgent(e) avec vous-mêmes : une telle transformation ne se fait pas sans embûches.⠀

Oui, elle comporte des faux pas. Oui, elle comporte des pots cassés.⠀

Mais tout se répare.⠀

➜ Le seul danger, c’est de penser dans ces moments-là que ce n’est pas grave, qu’il n’y a rien à faire, que c’est immuable.

C’est en prenant conscience de ce qu’il y a à changer qu’on peut initier des transformations.⠀

Comment s’y prend-on ?

Comment éviter les V.E.O. : Comprendre leurs origines

Lorsqu’on analyse a posteriori les comportements néfastes (cris, menaces, punitions, etc.) qu’on reproduit malgré nous, on se rend compte qu’on agit ainsi dans des situations de débordements émotionnels (que ce soit lié à l’interaction avec nos enfants ou à d’autres éléments de notre environnement).

Les V.E.O. sont liées à notre état interne et la façon dont on l’exprime.

L’être humain se développe avec des connexions neuronales qui lui permettent de « gérer » ces états. « Gérer » dans le sens « faire avec » ; les accueillir et les exprimer d’une façon écologique pour lui et les autres.

➜ Ces connexions commencent à se développer vers 6/7 ans pour atteindre une maturité vers 25 ans. Donc, avant 6/7 ans c’est « normal » d’utiliser systématiquement la violence (taper, crier, mordre, griffer, bousculer, etc.) pour exprimer cet état interne.

Entre 6/7 ans et 25 ans ça reste « normal » d’avoir des débordements qui ne s’expriment pas toujours d’une façon socialement convenable.

1/ Le dysfonctionnement

Après 25 ans, ça devient une défaillance.

➜ Il est indispensable de considérer ce dysfonctionnement pour ce qu’il est. Les connexions neuronales censées se mettre en place pendant notre enfance et notre adolescence ne se sont pas correctement développées.

Pour quelle raison ?

La façon dont nous-mêmes avons été accompagnés ! Quand on dit que les V.E.O. abîment le cerveau, ce n’est pas une affirmation exagérée : elles retardent littéralement le développement cérébral, voire créent des blocages équivalents à des lésions.

De nombreuses études existent à ce sujet, les docteures Muriel Salmona et Catherine Gueguen ont référencé et expliqué la plupart d’entre elles dans leurs livres.

➜ La bonne nouvelle c’est que globalement, le cerveau est plastique et l’on peut recréer un bon nombre de nos circuits « manquants ».

2/ Les croyances limitantes

Trop de mythes sont encore relayés aux jeunes parents, y compris par de nombreux professionnels de santé.

« Il faut le laisser pleurer, il vous manipule ! »

« Ne la laissez pas s’habituer aux bras. »

« Le cododo est très dangereux ! »

« Les enfants ont besoin de cadre, de limites. »

etc.

Ces croyances poussent les adultes à agir dans la peur, dans le stress de mal faire. Et la pression monte d’autant plus lorsque les injonctions de tout l’entourage contredisent ce qu’on ressent à l’intérieur, la petite voix de notre instinct.

D’autres préjugés mènent à avoir des attentes complètement irréalistes au sujet des enfants. Par exemple, au prétexte qu’ils commencent à parler, sont continents ou autre, on imagine qu’ils devraient avoir acquis d’autres compétences alors physiologiquement impossible.

➜ Pour cesser de vous tordre les méninges à longueur de journée sur les sujets qui vous tracassent au quotidien, pensez à vous appuyer sur mes Dossiers Thématiques. Ils comportent les informations rigoureuses qui vous permettront de faire des choix conscients et respectueux de vos enfants pour ne plus laisser de place au doute, à la culpabilité et à l’angoisse de rater quelque chose.

Comment sortir des V.E.O. (Violences Éducatives Ordinaires) : changer nos automatismes

Si vous tentez d’éviter toute forme de violence au quotidien et qu’il vous arrive encore de craquer fréquemment malgré votre bonne volonté, vous avez la possibilité d’actionner des superpouvoirs pour transformer vos automatismes.

  • Le pouvoir du focus : ce sur quoi vous portez votre attention.
  • Le pouvoir des mots : les termes que vous employez, qui forgent vos pensées, vos comportements et par conséquent votre réalité.
  • Le pouvoir de l’attachement : la qualité de la relation avec votre enfant.

Comment les utiliser ?

1/ Le pouvoir du focus

Tous les automatismes/comportements humains ont un déclencheur ; quelque chose qui va générer :

  • une pensée,
  • une action-réaction,
  • une récompense.

On utilise le terme « récompense » parce que le cerveau l’interprète comme telle. L’action ou la réaction va nous créer une sorte de soulagement et de bien-être. Et c’est ainsi que l’on va maintenir ce mécanisme en place.

Ce qui est tordu avec les violences éducatives c’est qu’évidemment, agir de façon violente n’est pas quelque chose qui vous fait « plaisir », au sens propre. Mais c’est une forme de décharge émotionnelle qui procure une impression « agréable » dans le sens où elle vient soulager une tension.

Même si vous culpabilisez l’instant d’après, que vous vous sentez mal d’avoir eu ce comportement, cela reste une décharge qui vous soulage suffisamment pour que la fois d’après vous retombiez dans ce même schéma déclencheur -> actionréaction -> soulagement.

C’est un cercle vicieux.

Donc le 1er travail, c’est de répondre à froid à ces questions :

  • Comment je perçois les choses ?
  • Pourquoi est-ce que quand mon enfant fait ça, je suis dans cet état-là ?
  • Quel est le lien entre son comportement et mon état interne ?
  • Pourquoi je perçois les choses comme ça ?
  • Pourquoi est-ce qu’il y a des jours où ce même comportement ne va rien me faire / ne pas me mettre dans le même état interne ?
  • Et pourquoi dans d’autres circonstances, ça va me faire exploser ?

2/ Le pouvoir des mots

Notre langage traduit nos pensées et engendre nos comportements. Lorsque vous verbalisez ce que votre enfant fait, je vous invite à utiliser les mots les plus positifs et les plus constructifs possibles.

➜ Si vous êtes dans un état interne difficile, utilisez au maximum le « je » pour vous exprimer. « Là, j’ai vraiment besoin de … », « Je me sens … », etc. Ainsi, vos paroles ne seront pas dirigées (potentiellement violemment) vers votre enfant et elles vous aideront à mieux conscientiser ce qu’il se passe en vous.

➜ Si vous êtes dans un état émotionnel qui vous permet d’être connecté à votre enfant, vous pouvez aussi verbaliser ce qu’il se passe pour lui. Essayez de mettre du vocabulaire sur ses émotions, ses ressentis et les faits, de façon neutre. Sans jugement, sans critique.

Le but n’est pas de décrire vos pensées, mais d’aider votre enfant à expliciter ce qui se passe pour lui.

Les mots vont solliciter l’empathie de l’un envers l’autre, vous aider à décrisper la tension. Ils vont vous permettre d’être dans une logique constructive :

  • voir ce qui ne va pas pour vous-même,
  • voir ce qui ne va pas pour votre enfant,
  • et à partir de là, entrevoir des solutions pour changer la situation, la rendre plus agréable, appropriée aux besoins de chacun, etc.

3/ Disney VS la vraie vie

Quand vous vivez, vous ne pouvez pas faire abstraction de vos bagages et vos contextes même quand ils sont très compliqués et que vous rêvez de les échanger en un coup de baguette magique.

Vous avez besoin d’une parentalité réaliste.

➜ Vous devez donc trouver des stratégies pour vivre cette vie tout en restant cohérent avec vos aspirations en termes d’accompagnement de l’enfant.

En parentalité, vous avez 1000 occasions quotidiennes de passer à l’action vers un accompagnement respectueux.

  • N’essayez pas de tout faire d’un coup ça aura l’appétence du crapaud à avaler.
  • Voyez plutôt les petites victoires que vous pouvez célébrer : ce sur quoi vous pouvez facilement lâcher du lest, ce qui peut être rapidement mis en œuvre.
  • Repérez les situations récurrentes qui vous font basculer vers les V.E.O. (les départs, les conflits dans la fratrie, les changes, les repas, les endormissements, les soins, les écrans, etc.) et attelez-vous à les résoudre une problématique après l’autre.
  • En attendant : rappelez toujours à vos enfants que ce n’est pas de leur faute. C’est primordial qu’ils sachent que vous avez conscience que vos comportements peuvent les blesser ou leur faire peur, mais que ce ne sont pas eux qui causent vos réactions.⁣⁣

Pour aller plus loin :

Extrait du Cercle des Parents Apaisés : une maman qui me demande comment accompagner les soins de sa fille notamment pour la sortie de bain pour laquelle elle utilise la diversion…

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