Stop les hurlements !

comment arrêter de crier sur les enfants

Entre stress du quotidien, tempêtes émotionnelles des plus jeunes et refus permanent, vous avez l’impression de passer vos journées à crier ? Vous ne supportez plus de vous entendre hurler sur vos enfants, mais ça vous semble impossible de faire autrement ? La volonté de s’exprimer avec douceur et bienveillance est pourtant bien là, alors pourquoi cela ne suffit pas ? Dans cet article, j’explique en détail les mécanismes qui nous poussent à vociférer si souvent et comment vous y prendre pour arrêter de crier sur vos enfants.

“J’en ai marre de crier tout le temps, mais c’est plus fort que moi”

Pourquoi crie-t-on sur nos enfants malgré nous ?

Entre conditionnements et habitudes bien ancrées, nos frustrations s’expriment de travers sans qu’on parvienne à le contrôler.

Par réflexe presque épidermique, on se met à hurler notre impression que l’autre empiète sur nos plates-bandes.

Ce “pilote automatique” qui prend le dessus malgré notre volonté d’évincer les cris de notre quotidien, résulte de notre incapacité à décharger nos émotions sainement. En ayant nous-mêmes été mal accompagné.e.s dans nos tempêtes émotionnelles lorsque nous étions enfants, nous sommes incapables de rediriger colères ou frustrations sans crier sur l’autre.

“J’en ai marre de répéter alors je crie”

Un autre préjugé inscrit profondément en nous est de penser que les enfants “n’écoutent pas”. On attend d’eux qu’ils répondent à nos demandes, qu’ils obéissent, sans quoi on ne se sent pas considéré. C’est une attente clairement adultiste puisqu’on utilise ce terme précisément pour les plus jeunes. On n’attend pas d’un conjoint, d’un collègue, ou d’un ami qu’il nous “écoute”, au sens “obéir à”.

Inverser le paradigme inscrit dans nos mœurs nécessite de garder à l’esprit qu’un enfant fait toujours du mieux qu’il peut avec les moyens qu’il a.

S’il ne répond pas à une attente, c’est qu’il ne peut pas.


Gardez à l’esprit ce leitmotiv. C’est précisément ce qui va faire toute la différence dans des situations de tensions, lorsque vous demandez quelque chose à votre enfant :

  • On peut faire des demandes,
  • À condition qu’elles ne soient pas des exigences et que vous vous souveniez que vous êtes seul.e responsable de vos besoins.
  • Une demande qui n’est pas une exigence est une demande que l’autre est en droit de refuser.

In fine ;

Si vous êtes dans l’exigence et l’attente d’une forme d’obéissance, alors la seule issue sera la soumission ou l’opposition.

Lire aussi l’article : “Se faire obéir sans crier”

“Mes enfants n’écoutent rien”

Pour “écouter”, donc répondre à une demande, un enfant à besoin d’un contexte favorable :

  • Un émetteur de la demande avec qui il entretient une relation de confiance,
  • Une demande réaliste par rapport à ses capacités,
  • Entendre la demande.

Cette dernière condition est souvent oubliée et peut à elle seule nous pousser à élever la voix (ce qui empêchera d’autant plus l’enfant de répondre à la demande).

Pour écouter, il faut déjà entendre, donc :

  • Assurez-vous que l’enfant vous entend, en créant un contact avec lui pour capter son attention (en lui touchant le bras ou l’épaule par exemple)
  • Si son attention est captée, mais qu’il ne répond pas, voyez ce qui peut l’en empêcher : son état émotionnel ? Son humeur ? Son besoin à lui dans l’instant ?
  • Quoi qu’il en soit, si quelque chose empêche votre enfant de répondre à votre attente, voyez comment vous pouvez prendre en charge votre besoin autrement.

Pourquoi la volonté ne suffit-elle pas ?

En dehors de l’éducation à l’obéissance que nous avons reçue et qu’on a tendance à perpétuer par automatisme, la pression sociale joue un rôle paralysant.

Les rapports de force toujours si communs et la méconnaissance du développement de l’enfant entretiennent l’idée qu’il est indispensable d’éduquer les plus jeunes avec autorité, fermeté, qu’il faut leur donner des limites, ne pas céder à leurs caprices, etc.

Même si vous êtes dans un cheminement de parentalité se voulant plus bienveillante et respectueuse, cette pression de la société peut fragiliser vos efforts en remettant en doutes vos prises de position.

maman crie tout le temps

Pourquoi crier ne sert à rien ?

Évidemment, crier se révèle toujours inefficace

  • Soit les hurlements rendent l’enfant apeuré, figé, prostré, donc malléable et obéissant. C’est tout sauf ce qu’on cherche à produire lorsqu’on progresse vers un accompagnement respectueux de l’enfant.
  • Soit l’enfant va répondre par la violence en mode boomerang, ce qui entraînera autant de dégâts sur la relation que l’option précédente.

Toute violence et, bien entendu, les cris, impactent l’individu et sa relation à l’autre sur bien des aspects. Prendre conscience de ces répercussions peut vous aider à évoluer plus rapidement :

Lire l’article : “Violences éducatives ordinaires : Prendre conscience pour en sortir”

Au-delà des conséquences délétères

Crier ne fait que mettre l’enfant en état de stress, ce qui coupe ses possibilités de réagir de façon “convenable”, même s’il en était en capacité.

Là encore, pour avancer vers un accompagnement respectueux de l’enfant, il est fructueux de rappeler à votre esprit, la confiance que vous pouvez accorder à votre petit.

L’enfant fait toujours de son mieux, s’il n’entend pas la demande c’est pour une bonne raison que ce soit son état émotionnel, l’environnement, les stimuli qui l’entoure… Vous pouvez créer un contact, lui demander de reformuler, vérifier qu’il a compris, etc.

Il reste toujours possible qu’il ne soit vraiment pas en capacité.

comment arrêter de crier

Comment arrêter de crier alors ?!

1. Arrêter de confondre “demandes” et “exigences”

À qui revient la responsabilité de remplir vos besoins ?

À vous.

Or, lorsque vous attendez de votre enfant qu’il réponde favorablement à l’une de vos demandes, vous êtes en train de le charger de combler votre besoin.

Par exemple : Vous avez besoin de calme, vous demandez à votre fils ou votre fille de faire moins de bruit. C’est naturel et si votre enfant est en mesure d’acquiescer, donc de vous aider à satisfaire votre besoin, tant mieux.

Mais si c’est non, et que vous transformez alors votre demande en exigence, vous entrez dans un rapport de force. Et la plupart du temps, cela finit dans les cris.

Donc lorsqu’on souhaite arrêter de crier, on a besoin de renverser nos automatismes ;

  • Commencez par vous rappeler que vous pouvez formuler une demande à votre enfant/conjoint, mais que si la réponse est “Non”, il faudra trouver une autre stratégie pour remplir votre besoin. (le cas échéant : prendre en charge la responsabilité d’imposer quelque chose*) *il ne s’agit évidemment pas de remplacer les cris par des manipulations en tous genres pour parvenir à nos fins, c’est tout autant contraire aux principes de l’accompagnement respectueux : cf. “Sortir du faux choix”
  • Si l’on n’accepte pas que la demande puisse être refusée, on va ressentir de la frustration, de la colère, etc. Donc s’occuper de ces émotions-là en amont apporte de nombreux bénéfices.

In fine :

Se rappeler que la responsabilité de la prise en charge des besoins incombe à 100% à l’adulte (et en plus il est en charge des besoins de l’enfant), c’est ce qui nous évite d’en venir à hurler notre demande quand nos enfants ne semblent pas vouloir/pouvoir coopérer.

“OK, il ne peut pas m’aider à remplir mon besoin là. Quelle autre solution je peux envisager ?”

Ces notions précitées prennent du temps à être digérées et demandent une réelle implication, une focalisation consciente, pour avoir un réel impact sur nos automatismes.

Avez-vous déjà bien intégré ces notions-là ?

2. Imaginer des alternatives

La plupart du temps, les cris sont liés au fait de répéter plusieurs fois la même chose sans être entendu.

Par exemple, ces vociférations dans lesquelles on utilise le “TU” sur l’enfant pour lui faire faire quelque chose (ou lui faire cesser).

Sauf que.

Demander à un enfant d’arrêter (de faire ce qu’il est en train de faire) ne lui explique pas ce qu’il peut faire à la place !


Quelle autre activité* pourrait lui être proposée pour satisfaire son besoin ?

*attention on parle bien ici d’activité alternative et non de “diversion”

Si aucune autre possibilité ne convient, c’est que la demande n’est pas adéquate à la capacité de l’enfant à y répondre. L’attente doit alors être modifiée.

arreter de crier mieux se faire entendre

3. Comprendre le besoin de l’enfant :

Quel que soit le contexte dans lequel survient une frustration pouvant vous mener à crier, votre réflexion doit se focaliser sur une chose :

Quel besoin votre enfant est-il en train de remplir à cet instant ?

Tentez de l’identifier et de proposer une activité ou une stratégie permettant de satisfaire ce besoin autrement.

Comment ne pas crier quand il n’écoute pas les limites (dangers, etc.)

Certains cris de stress sont inévitables. Lorsqu’on hurle “STOOP” parce qu’un accident est frôlé, c’est presque instinctif : on voit le danger / on hurle / l’enfant s’arrête net parce qu’il est sidéré. Or cette sidération ne va rien apprendre à l’enfant sur le danger ; c’est une réaction de stress et elle aura des effets délétères sur le système nerveux si elle est répétée fréquemment. Donc, c’est une chose d’y recourir occasionnellement parce que nous n’avons pas pu anticiper un risque. Mais c’en est une autre d’utiliser le “STOP”/”NON”/etc., à chaque fois que l’enfant se dirige vers quelque chose de “dangereux”, dans une logique éducative.

Il est de notre responsabilité de mesurer les dangers et de les anticiper pour les éviter. On ne peut pas décemment attendre d’un enfant qu’il respecte des limites le protégeant des dangers. Si vous vous retrouvez aux urgences parce que votre enfant s’est brûlé, vous ne pourrez pas dire “C’est de sa faute, je lui ai maintes fois répété de ne pas toucher la vitre de la cheminée, mais il ne m’a pas écoutée.”

Avoir des attentes réalistes est indispensable. On ne peut pas attendre d’un petit qu’il se montre responsable à 2 ans, ni même à 5 ans selon la visibilité du danger.

On aura beau répéter, crier, hurler, s’il ne peut pas comprendre ou voir le danger, cela ne servira à rien.

“Je crie quand mon enfant crie”

Évincer les cris de votre quotidien en avançant vers un accompagnement respectueux de l’enfant est réalisable en fonction de vos ressources dans l’instant.

Et bien évidemment, ces ressources fluctuent en fonction des individus.

Peut-être vous arrive-t-il de crier malgré vous, principalement parce que la fatigue vous envahit et/ou que vous êtes à bout de nerfs. Je vous invite alors à consulter l’article détaillant ce type de situation plus précisément : “Enfant en crise VS Maman à bout ; Comment on gère ?”

“Je crie tout le temps” : Sortir du cercle vicieux

Récapitulons les clés qui vont vous permettre de progresser vers un quotidien sans cris :

  • Identifiez les situations dans lesquelles vous criez et prenez du recul
  • Considérez l’impact des cris à répétition, du stress engendré et de l’incidence sur la relation à l’enfant. Inutile de se tourmenter à ce propos, mieux vaut transformer la culpabilité en énergie pour engendrer des changements dans votre parentalité.
  • Rappelez-vous que l’enfant fait toujours de son mieux, s’il n’entend pas ou ne réagit pas à vos demandes malgré de multiples répétitions c’est qu’il ne comprend pas ou ne peut pas répondre à votre attente “A-t-il seulement entendu la demande ?” Focalisé sur son activité, a-t-il pu s’en détourner pour prendre en compte la demande ? D’autres stimuli ont-ils perturbé la compréhension ?
  • Prenez en charge vos propres besoins et ceux de vos enfants en cherchant d’autres moyens pour les remplir, sans avoir des attentes irréalistes envers les plus jeunes. Dans la mesure où lui-même est en train de combler l’un de ses besoins, quelles stratégies alternatives peut-on utiliser pour que les besoins de chacun soient respectés ?
  • Apprenez à décharger vos émotions fortes autrement qu’en criant sur l’autre et à surveiller votre jauge pour agir en fonction de vos ressources dans l’instant :

Afin d’apprendre à décharger au mieux votre colère sans blesser votre enfant, vous pouvez suivre les recommandations du “Kit de Survie – Spécial colère” mis à votre disposition en téléchargement :

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