Bienveillance éducative

Communication non violente, intérêt supérieur de l’enfant, patience et bienveillance… Remettre en question nos coutumes ; défi d’une génération ou modes passagères ? La bienveillance éducative prend une place grandissante, tant dans les intentions des parents que dans les projets des structures d’accueil, en passant par les méthodes pédagogiques des enseignants. Pourtant, se saisir pleinement de ce concept et le mettre concrètement en application ne semble pas aussi évident malgré les bonnes intentions de chacun.

S’il est évident pour un nombre exponentiel d’adultes qu’un peu plus d’indulgence et d’écoute seraient les bienvenues dans notre société, quid de la place des enfants aujourd’hui ?

Livres, blogs, vidéos, conférences, ateliers, l’éducation non violente a bien le vent en poupe. Jamais nous n’avons eu accès à tant d’informations pour engager un virage dans nos modèles éducatifs. Et pour beaucoup d’adultes, ce n’est pas faute d’essayer quotidiennement : alors pourquoi la bienveillance semble-t-elle nous glisser entre les doigts si souvent ?

Dans cet article, nous allons remonter ensemble aux racines des quiproquos qui déroutent nombre d’adultes malgré leur bonne volonté afin de trouver les moyens les plus profitables pour tous d’avancer simplement sur le chemin de la bienveillance éducative.

La Bienveillance Éducative : Qu’est-ce que c’est ?

Constatons les racines de difficultés relationnelles entre adultes et enfants

Avant tout, il est indispensable de comprendre ce qui est problématique dans le système éducatif traditionnel :

  1. Ce qui empêche la confiance de s’établir correctement c’est la posture adultiste qui consiste à positionner l’adulte comme celui qui sait le mieux ce qui est bon pour l’enfant (mieux que l’enfant lui-même et en toutes circonstances).
  2. L’ignorance de principes humains universels : chaque individu est équipé pour ressentir ses propres besoins et ceux-ci sont tous légitimes. Personne n’a à les juger ou les évaluer.
  3. Le problème, c’est que les enfants dépendent des adultes pour satisfaire la plupart de leurs besoins. Et de cette relation d’interdépendance, beaucoup dérapent vers l’autoritarisme.

Ces dérives sont liées :

  • au fait que les adultes ignorent le développement de l’enfant
  • au fait que les adultes sont eux-mêmes coupés de leurs propres besoins donc confondent leurs conditionnements avec ce qui est réellement salvateur pour eux-mêmes (et donc leurs enfants).

La bienveillance éducative représenterait donc la façon d’inverser ce mode de pensée délétère et d’initier un changement de posture vers l’équité.

Rétablissons la bonne définition du mot “bienveillance”

Dans son livre “Vivre heureux avec son enfant”, Catherine Gueguen nous livre une définition simple, mais éloquente :

“Être bienveillant, c’est porter sur autrui un regard aimant, compréhensif, sans jugement, en souhaitant qu’il se sente bien et en y veillant.”

Malheureusement, de nombreuses confusions sont faites par certains auteurs/experts en éducation positive. Par exemple, on entend souvent qu’il faut faire attention à ne pas confondre “les envies” et “les besoins” des enfants. Or, cela vient renforcer cette emprise sur l’enfant en lui refusant des envies parce qu’on estime qu’elles ne sont pas légitimes. C’est une erreur qui détourne le parent/l’adulte en charge de l’enfant de son rôle et altère la confiance, car en réalité ; derrière chaque envie subsiste un besoin.

2 attitudes fondamentales permettent d’accompagner les enfants avec bienveillance :

  1. S’informer rigoureusement pour faire le tri parmi nos conditionnements,
  2. Rétablir une confiance inconditionnelle envers les enfants.

Pourquoi l’éducation bienveillante ne marche-t-elle pas ?

1 : Elle n’est pas une alternative aux chantages/punitions/,etc.

Avant tout, il faut rappeler que la bienveillance est une posture. Et en tant que telle, elle ne peut être permanente. Il n’existe donc pas de personnes bienveillantes (ni des personnes malveillantes). De la même façon qu’il n’y a pas d’individus colériques : on ne définit pas les gens par leurs émotions ou leur posture.

En neurosciences affectives et sociales, la bienveillance est souvent définie comme une combinaison de l’empathie cognitive et de la sympathie. Il y’a donc 2 idées claires :

  1. Chercher à comprendre l’autre
  2. Vouloir le bien de l’autre

Le problème, c’est qu’aujourd’hui de nombreux adultes utilisent l’éducation bienveillante comme alternative aux méthodes d’éducation plus classiques. Plutôt que d’user de violences, chantages, punitions, etc., ils cherchent à obtenir la coopération de l’enfant.

Les auteurs/experts en parentalité dite “positive” orientent majoritairement dans ce sens. Or, la plupart de leurs conseils ne remplacent que les fessées et les punitions par d’autres violences (dites éducatives ordinaires) :

  • Sanctionner “positivement” ➜ reste une punition/soumission,
  • Proposer des faux choix aux enfants ➜ relève de la manipulation,
  • Rester ferme face aux refus ou crises ➜ marque un rapport de force,
  • etc.

2 : Elle ne peut aboutir à l’obéissance

L’autre faille de l’usage de la bienveillance “à mauvais escient”, survient lorsque les objectifs restent les mêmes.

Lorsqu’on cherche à faire obéir l’enfant, à le faire rentrer dans un certain moule, afin qu’il soit “bien élevé”, les intentions restent identiques à celles qui prédominent dans une éducation plus traditionnelle. On aboutit alors à de nombreux échecs :

  1. Que ce soit avec plus ou moins de “douceur”, chercher à contraindre un enfant, ce n’est pas bienveillant. Pour rappel, définition de la violence : “Contrainte, physique ou morale, exercée sur une personne en vue de l’inciter à réaliser un acte déterminé”,⠀
  2. De nombreux parents se retrouvent alors déçus et épuisés d’essayer en vain de rester zen et finissent par retomber dans des schémas de VEO puisque la bienveillance, “ça ne marche pas”,

Et c’est tout à fait logique puisque, je le rappelle, la bienveillance vise à :

  • donner de l’empathie,
  • montrer à quelqu’un qu’on le soutient,
  • créer du lien,
  • nourrir la relation,
  • créer un environnement propice pour que la confiance se crée,
  • etc.

L’obéissance et la soumission sont contraires à la bienveillance éducative. C’est le lien d’attachement, la confiance et l’empathie qui rendent possible le bon développement de l’enfant.

“La bienveillance, ça marche, mais ça ne vise pas l’obéissance !” Maja⠀

3 : Elle n’est pas bienveillante envers les parents

La plupart du temps, malgré toutes les bonnes intentions apparentes de ceux et celles qui la défendent, la parentalité “positive” ou “bienveillante” ne tient en réalité pas compte d’un détail qui a toute son importance : les ressources et capacités du parent/de l’adulte responsable.

On va vous dire en quoi c’est important d’être bienveillant, mais quand vous n’y arrivez pas, quelles sont les options ?

On ne peut pas être calme et patient en toutes circonstances. En revanche, on peut rester respectueux quoi qu’il arrive.

À l’évidence, ce terme devient de plus en plus galvaudé et perd de son sens originel.

J’ai déjà rédigé un article très complet au sujet des paradoxes et des limites de la parentalité bienveillante. Vous y retrouverez, entre autres, des éclairages supplémentaires pour comprendre quelle différence je fais entre bienveillance éducative et accompagnement respectueux des enfants.

Comment accompagner nos enfants avec plus de bienveillance ?

Une fois qu’on a pu se saisir des avantages et des inconvénients de ce qu’on englobe derrière l’idée de bienveillance éducative et qu’on a donc pu s’en faire notre propre définition, on va aisément pouvoir accompagner les enfants avec bien plus de justesse.

Mais comment s’y prendre concrètement ?

  1. Je rappelle qu’avant tout, il est indispensable d’avoir pris du recul sur notre vision et notre posture parentale ou professionnelle vis-à-vis des enfants pour pouvoir réellement changer. Sans cela, vous ne pourrez pas avoir conscience de votre cheminement et ne pourrez faire que de petits arrangements non pérennes. C’est ce qu’il se passe par exemple quand on use de leviers a priori “positifs” (sans violences apparentes) alors qu’on n’a pas remis en question ce que l’on fait faire à l’enfant.
  2. Réfléchir en termes de besoins. L’ensemble des actions et comportements qu’un individu met en œuvre sert à remplir ses besoins. Ces actions/comportements sont donc des stratégies plus ou moins efficaces et plus ou moins “acceptables” (selon nos codes sociaux). Or, quand on se crispe sur la stratégie qu’un enfant utilise, parce que celle-ci nous dérange, nous irrite ou nous semble inappropriée : on empêche le remplissage d’un besoin. Porter votre attention et votre analyse sur les besoins facilitera la compréhension et la communication dans de nombreuses situations.
  3. Lorsqu’on n’y parvient pas, l’empathie est la clé :
  4. pour rester indulgent avec soi-même : nous avons les capacités de développer nos aptitudes, mais cela prend beaucoup de ressources et il est contre-productif de se juger quand on a l’impression de stagner.
  5. pour rester respectueux et transparent avec les enfants : en leur renouvelant notre soutien et notre confiance, on préserve la relation et l’estime de l’enfant même lorsqu’on ne comprend pas le besoin qu’il tente d’exprimer.


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