Sortir du faux choix ou la douce manipulation

 

 

sortir du faux choix

Suite à l’article de Catherine Dumonteil Kremer expliquant la réalité de la technique du faux choix, vous avez été nombreux.ses à me questionner et me demander de l’aide pour changer de lunettes à ce sujet. Alors, comme toujours j’accepte cette mission et c’est parti pour un changement de lunettes !

 

 

Pour ceux.celles qui n’ont pas encore lu l’article (je vous invite vraiment à le faire : suivre ce lien), Catherine Dumonteil Kremer nous amène à nous repositionner sur ce conseil, souvent prôné en matière de parentalité dite “bienveillante” ou “positive” (pour ceux.celles qui me suivent c’est un terme que je préfère ne pas utiliser j’explique ici pourquoi).

 

Il s’agit d’amener les enfants à accomplir une action en leur donnant l’illusion du choix (un choix fermé, préparé pour eux), leur “faire faire” ce qui est attendu, en leur donnant l’impression que c’est eux qui ont pris la décision.

 

Vous connaissez tous.toutes le fameux exemple de l’habillage : “c’est l’heure de s’habiller, tu veux mettre ton pull rouge ou ton pull bleu?”.

 

 

L’aide à la décision

 

Alors certain.e.s, trop conscient.e.s de l’importance pour les enfants d’exercer leurs propres choix, m’ont interpellée sur le fait que l’intention première est d’aider les enfants à choisir, leur montrer que leurs choix comptent.

 

Face à une situation de choix trop vaste : une garde robe bien remplie, si on continue sur l’exemple donné de l’habillage, ou bien une situation où ils peuvent paraître dispersés “oh! tiens mon camion préféré finalement c’est plus intéressant que de m’habiller!”, leur proposer un choix restreint les aiderait à se positionner voire se concentrer.

 

Évidemment, comme dans beaucoup de situations, nos intentions sont bonnes au départ, je ne remets pas cela en question. D’ailleurs beaucoup ont déjà avancé sur la réflexion de l’accompagnement respectueux ayant conscience que “si tu ne t’habilles pas maintenant tu n’iras pas au parc” relève d’une menace/d’un chantage, donc d’une violence éducative, et sont persuadé.e.s que proposer la couleur du pull serait une façon non violente d’accompagner les enfants.

 

Je suis convaincue qu’un enfant qui a un besoin fort reste concentré sur son besoin et arrive à prendre des décisions à ce sujet (sauf “troubles” spécifiques : d’attention ou d’intégration neurosensorielle, nous en parlerons plus tard).

 

Ainsi pour l’habillage, son besoin est de ne plus avoir froid/se réchauffer ou besoin de se sentir couvert.e. Quand ce besoin est bien présent, je pense que la couleur du pull il/elle s’en fiche un peu et enfiler le pull ne lui pose pas de problème, il/elle le demande même …

 

Ce n’est alors que quand le besoin n’est pas présent que l’adulte est dans une démarche incitative et c’est là que, peu importe l’intention de départ, on se retrouve dans une manipulation.

 

Allez disons manipulation “douce”, pour diminuer sa gravité, car aucune violence physique ou verbale n’est présente, mais la manipulation relève tout de même des Violences dites Educatives Ordinaires en ce que l’enfant est objetisé (vous trouverez la liste des veo à laquelle j’ai participé à l’élaboration pour Enfances Epanouies ici).

 

Pour ceux.celles qui doutent encore du faux choix comme étant une technique de manipulation voici un article qui conseille aux adultes comment éviter ce genre de manipulation quand ils la vivent de la part d’autres adultes … Vous comprendrez aisément que les enfants, eux, ne pouvant s’en prémunir c’est à nous d’être vigilants sur ce qu’on leur inflige.

 

 

Le fait de devoir aider les enfants à prendre cette décision de comment s’habiller, toujours pour rester dans l’exemple de départ, découle donc d’une première décision qu’ils n’ont pas prise pour eux-mêmes : s’habiller tout court.

 

Souvent on propose aux enfants des choses qui ne correspondent pas à un besoin pour eux au moment où on le propose. L’enfant est en train de remplir un autre de ses besoins et nous débarquons avec notre proposition qui sort pour lui de nulle part (même si expliquée argumentée, ce n’est pas son besoin du moment).

Ce qui serait respectueux alors ce serait d’attendre le bon moment, que le besoin vienne de l’enfant. Car il faut le savoir un enfant contrairement à un adulte est incapable de différer son besoin cela est lié à des connexions neuronales qui commencent à peine à s’établir vers 6 ans (1) …

 

 

Tu peux toujours courir…

 

Alors à cette proposition j’entends déjà les “ oui mais si j’attends qu’il.elle daigne s’habiller il.elle passerait son temps tout.e nu.e” ou “il.elle n’irait jamais se laver !” etc.

 

Comme si l’adulte était le seul juge de la nécessité de remplir certains besoins, on part du principe que l’enfant ne sait pas ce qui est bon pour lui que, donc, on doit le lui imposer d’une façon où d’une autre sinon il ne fera jamais certaines choses.

 

Hum je ne suis pas du tout d’accord là-dessus  : on finit tous un moment par avoir froid, par avoir les fesses qui grattent ou piquent …

 

Je suis persuadée que ces lunettes posées sur “l’enfant qui ne ferait jamais rien” sans que l’adulte ne soit là pour le.la guider sont liées à nos conditionnements et nos schémas éducatifs bien ancrés.

 

Ces lunettes là reposent sur la peur et le manque de confiance. Elles sont délétères pour la relation et l’accompagnement de l’enfant. Même si la peur est légitime, toutes les émotions le sont d’ailleurs, elle n’est pas toujours fondée et il nous appartient de gérer cette peur. Quand je dis “gérer” j’entends comprendre d’où elle vient et bien se renseigner pour vérifier si les risques, voire dangers, qui nous font peur sont bien réels, et enfin l’exprimer d’une façon qu’elle n’entrave pas la relation.

 

J’ai pour ma part beaucoup investi de temps sur la recherche d’informations sérieuses et sourcées sur de nombreux domaines liées à notre posture de parent (alimentation, hygiène, santé, soins, sommeil, écrans etc) cela m’a permit d’adopter d’autres postures de faire plus confiance et surtout de mettre en place un accompagnement le plus respectueux possible dans tous ces domaines. D’ailleurs, pour aller plus loin, si un de ces sujets vous amène des défis particuliers en tant que parent ou adulte accompagnant, et que vous souhaitez recevoir par e-mail mon dossier spécifique, n’hésitez pas à vous inscrire ci-dessous. Il vous suffit de renseigner votre e-mail et préciser le sujet qui vous intéresse.

 

 

Accompagner respectueusement

 

Le rôle des adultes est d’accompagner l’enfant dans son autonomie sur le remplissage de ses besoins et non leur imposer ce remplissage en étant dépendant de facteurs tiers : décisions des tiers, jugement des tiers cela est antinomique de l’autonomisation.

 

Cet accompagnement passe par plusieurs étapes :

 

  • Laisser les enfants expérimenter : comment peuvent-ils savoir ce qu’est avoir faim ou avoir froid si ces besoins sont systématiquement devancés ou pré remplis ? Pré remplis car on suit un horaire ou bien car on anticipe sur la manifestation du besoin …

 

Mes enfants sortent peu vêtus, même lors de conditions météo non favorables, et ils savent très bien dire qu’ils ont froid ou le manifester et donc accepter alors mon aide à remplir leur besoin (je prévois la tenue adéquate sous le coude). Il est essentiel de leur permettre d’être connectés à leur ressentis et faire l’expérience de leurs signaux internes.

Lorsqu’on se prépare, ils sont dans un ressenti instantané ils sont à l’intérieur, ils bougent et n’ont pas encore froid.

Une fois sortis, ils mettent un temps à ressentir les signaux. D’ailleurs n’oublions pas la capacité de régulation de température des corps, cette capacité est liée au fonctionnement de la thyroïde qui est fortement diminuée avec l’âge c’est pour cette raison que nous ressentons plus vite le froid, et que les personnes âgées se couvrent plus, même quand il fait bon, c’ est donc par défaillance et non par “connaissances supérieures ». Attention à nos lunettes …

 

Ces signaux sont justement ceux qui doivent servir de déclencheurs dans leurs décisions et non pas le bon vouloir ou jugements arbitraires d’un adulte.

 

  • Les aider à observer ces signaux, en verbalisant et établissant des corrélations : “je vois que ça te démange” “moi quand c’est comme ça j’ai besoin de me laver” ou bien “je vois que tu grelottes, que tu as des frissons, quand je ressens ça j’ai besoin de me couvrir” etc. Parler de soi à ce stade aide l’enfant à justement avoir l’espace de sa propre expérience et donc future décision. Cela nous positionne comme à côté de lui en empathie de son expérience et pas au dessus de lui comme téléguidant son ressenti ou vécu.

 

Les enfants répondent alors qu’ils ressentent le même besoin ou bien un besoin différent, cet échange peut être justement très riche pour nous et peut permettre de mieux les comprendre. Cela peut également nous aider nous-mêmes dans nos propres connexions : car il faut l’avouer, nous mêmes ne sommes pas forcément de bons exemples à suivre en matière d’écoute de nos propres besoins …

 

Lors d’un de ces échanges, j’ai pu d’ailleurs apprendre que mon fils trépignait comme lorsqu’il avait un besoin pressant d’uriner alors qu’il s’agissait d’une manifestation d’une excitation très forte. Avant de comprendre cela, je l’invitais systématiquement à aller aux toilettes à l’observation de ce signal. Or, lors de notre échange, où j’ai pris le soin de garder ma place dans son expérience, et laisser la sienne à mon fils, j’ai appris comment il vivait certaines situations et les émotions qui le traversent. C’est alors que j’ai pu l’accompagner plus respectueusement dans ses besoins.

 

  • Proposer son aide et accepter le refus. Si les enfants manifestent clairement le même besoin que nous ou valident notre bonne compréhension du leur, il ne nous reste plus qu’à nous montrer disponibles pour les aider à remplir ce(s) besoin(s), en se préparant au fait qu’ils peuvent ne pas accepter notre aide. En ayant également à l’esprit qu’ils hiérarchisent aussi leurs besoins. Même si leur refus, dans ce cas, peut nous paraître difficile, il s’agit d’une belle opportunité à réévaluer la situation et la hiérarchie des besoins telle qu’on se la préfigure. Ex. Votre enfant manifeste clairement des signaux de sommeil, mais il a très envie de passer du temps avec vous, besoin de votre présence. Se faisant, il hiérarchise ses besoins, estime que son besoin de réassurance ou de lien est plus important que le sommeil qu’il ressent. Cette hiérarchie que fait l’enfant est alors à considérer respectueusement.

 

Ce sont précisément les enfants qui manquent de cet accompagnement respectueux à l’autonomie, qui sont déconnectés de leurs besoins et ressentis qui sont complètement dépendants de la décision des adultes qui vont donner l’impression que les adultes ont bien raison de décider pour eux.

 

S’instaure alors un cercle vicieux : une vraie prophétie autoréalisatrice. Nous décidons pour eux, les pensant incapables de le faire, et, ce faisant, nous les rendons effectivement incapables …

 

Pour en sortir, les adultes devront faire de gros efforts pour adopter un accompagnement respectueux. Souvent c’est à la première étape “laisser les enfants expérimenter” qu’ils auront plus de mal. Et souvent c’est à l’étape “accepter le refus” qu’ils abandonnent : “tu vois il.elle a froid et malgré tout il.elle ne veut pas se couvrir!”. Et c’est justement là que j’invite à prendre le temps de l’observation, de la compréhension : pourquoi l’enfant lutte-t-il.elle contre son propre besoin? pourquoi a-t-il.elle besoin de s’opposer au point de sacrifier son besoin?

 

L’enfant ne s’oppose pas gratuitement, et encore moins parce qu’il.elle serait dans une pseudo phase de développement. J’avais à ce sujet posté sur ma page la réflexion que j’ai en commun avec Laurence Dudek.

 

Un enfant coopère toujours quand il.elle peut, s’il.elle.ne le fait pas c’est qu’il.elle ne peut pas.

 

 

Oui mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut !

 

Alors oui évidemment,  parfois nous sommes limités par le besoin des autres , par des éléments indépendants de nous, ce qui fait qu’effectivement “on ne fait pas toujours ce qu’on veut”. J’adresserais dans un autre article cette question de limite tant soulevée, mais dans ce cas là il ne s’agit pas d’un besoin des enfants qu’il faut aider à remplir  mais des contraintes de l’adulte “à faire respecter” : contraintes horaires, contrainte sociales etc. On retourne donc aux motivations initiales du “faire faire” à l’enfant, lui imposer nos choix.

 

C’est donc doublement important que d’être honnête sur l’appartenance du choix à la base.

 

Que faire alors ? Et bien comme je dis toujours nous sommes les adultes, nous sommes responsables et prendre ses responsabilités c’est assumer ses choix et ne pas se cacher derrière des astuces ou méthodes …

 

Donc parfois nous sommes amenés à imposer des choix à nos enfants (je ne parle pas de ce qui relève de danger immédiat et qui engage le pronostic vital, cela relève du bon sens : il n’y a pas à « tergiverser » sur le sujet), et cela est dû à nos choix et nos choix de contraintes (oui oui on choisis nous mêmes nos contraintes) et je pense que le minimum alors est de le reconnaître et de l’expliquer à nos enfants cela.

 

Par exemple quand on leur impose un mode de garde, ou bien de se rendre avec nous aux courses etc.

 

Parfois c’est aussi lié à notre manque de ressources : temps, énergie, empathie, argent etc. Il convient de la même façon d’en prendre la responsabilité en disant bien qu’il s’agit de nos manques de ressources, à nous, à un instant T . Leur expliquer qu’il s’agit d’une impossibilité pour nous de répondre à leur(s) besoin(s), nous en montrer désolés et vraiment désireux d’améliorer la situation me semble primordial : “ je suis désolé.e, je ne vois pas d’autres options là tout de suite, je comprends que ce n’est pas juste pour toi et je ferai tout pour m’organiser la prochaine fois que tu puisses choisir ”.

 

Evidemment il ne s’agit pas d’une parade, un joker, pour continuer à lui imposer des choses sans tenir compte de son avis ni consentement, en ayant la conscience tranquille, en se sentant sorti des manipulations.

 

Il s’agit plutôt de vivre la situation en toute authenticité sans manoeuvres ni faux semblants. Se montrer authentique et sincère est essentiel pour la relation de confiance.

 

En prenant notre responsabilité, nous adoptons alors une autre posture sur la difficulté de l’enfant à se voir imposer quelque chose et nous pouvons alors être réellement dans l’empathie.

 

Bien vivre ces situations et chercher à mieux faire les fois suivantes évite donc d’utiliser des astuces pour éviter les réactions des enfants, astuces ou stratagèmes qui nous maintiennent dans la verticalité. C’est une vraie porte de sortie aux veo. Mais ce n’est que le premier pas.

 

Et bien sûr cela ne s’applique pas non plus à des choses qui ne concernent que l’enfant et pour lesquels il n’y a aucun risque immédiat : toujours dans l’exemple de l’habillage, si on est tranquillement à la maison, s’habiller n’est lié à aucune contrainte. Il n’y a alors pas d’implication pour nous, idem pour son hygiène etc. Nous n’avons alors aucune raison d’imposer nos choix et toutes les occasions pour travailler sur notre posture à ce sujet.

 

Autre point qui m’a été soulevé lors des nombreux échanges suite à mon partage : dans un contexte où l’adulte impose son choix le “faux choix” accordé à l’enfant serait une façon d’adoucir la difficulté du choix de l’adulte qui lui est imposé.

 

L’exemple qui m’avait été donné était celui, dans une collectivité,  de faire changer l’enfant de pièce pour des raisons logistiques et légales. Pour ce faire, l’accompagnante a proposé de quitter la pièce avec tel livre ou tel jeu.

Je maintiens que dans ce cas également, l’honnêteté et la sincérité doivent être de mise, que nous prenons la responsabilité de lui faire changer de lieu et que cela ne nous affranchit pas de chercher d’abord le consentement de l’enfant ou comprendre son refus.  Si on n’y arrive pas cette fois là, on ne peut rester bloqués certes, mais une fois notre contrainte exprimée on peut proposer à l’enfant des choses pour l’aider à vivre cette décision “Je comprends que c’est difficile pour toi, est-ce que ça t’ aiderait si je t’accompagne avec ce livre ?” la démarche est alors différente, nos intentions sont clairement posées et on accepte aussi que l’enfant refuse l’aide proposée.

 

Après avoir fait cet effort d’assumer ses propres contraintes en sortant des manipulations, le pas suivant sur le chemin de l’accompagnement respectueux consiste à faire l’effort permanent de recueillir le consentement de l’enfant.

 

Car le consentement est essentiel, et c’est nous, adultes accompagnants qui avons le premier rôle de garants du consentement des enfants. Il ne sert à rien d’investir des millions d’euros dans des campagnes préventives à ce sujet, dans les écoles, ni ailleurs, si tous les soirs en rentrant chez nous on déshabille nos enfants de force pour leur faire prendre une douche et qu’on leur enfonce la cuillère dans la bouche pour finir leur soupe …

 

“Mon corps m’appartient” est un principe que nous devons respecter en tant qu’adultes pour lui donner du sens  en le manifestant dans nos actes quotidiens et non l’enseigner comme un refrain bienséant.

 

J’espère que cet article vous aura aidé à changer de lunettes sur la question du choix 🙂

Maja

 

(1) Dr Ctaherine Gueguen « Pour une enfance heureuse »

 

 

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