« Excuse-toi! tout de suite! » les demandes d’excuses aux enfants

Si on est d’accord sur le fait que les demandes d’excuses aux enfants ne sont pas toujours intimées sur ce ton, et, qu’un ton plus aimable serait de rigueur pour cette demande, il est plus difficile de remettre en question la légitimité même de la demande.

Personne n’oserait penser qu’on ne demande pas à un enfant de s’excuser, surtout s’il vient de malmener quelqu’un, dire quelque chose de travers ou casser quelque chose!

Et bien moi, j’ose le faire, et si vous voulez savoir pourquoi, je vous invite à lire la suite 🙂 je vous livre ici ma réflexion sur la demande d’excuses aux enfants.

Nananere

Un peu de définition…

Pour commencer que veut dire s’excuser?

Dans l’esprit collectif la formule est employée pour reconnaître ses torts, pour exprimer son regret pour un geste, un comportement ou une parole qui aurait nuit à autrui. Il s’agit donc d’une convention sociale, plus qu’une simple formule de politesse. Son objectif serait de réparer les torts causés et restaurer le lien entre deux personnes.

Bien que l’intention soit louable, il y a cependant plusieurs problèmes avec cette demande d’excuses aux enfants.

Premièrement, elle relève de l’injonction paradoxale. Car cette formule n’est pas du tout rigoureuse: c’est un abus de langage, un raccourci, la formule correcte étant de demander à notre interlocuteur de bien vouloir nous excuser… ce qui est très différent quand on s’intéresse à la définition du mot.

En effet s’excuser “ex”- “causa” veut dire “hors de la cause” c’est à dire “se mettre hors de cause” donc se déculpabiliser, soit même.

Si on se met dans une logique de demander pardon à notre interlocuteur pour l’offense commise, c’est bien à lui de nous excuser et non à nous de le faire. La formule correcte est donc bien de demander à être excusé, ce billet explique ce point de rigueur de la langue française.

Admettons qu’on choisisse la formule correcte pour sortir de l’injonction paradoxale, il n’en reste pas moins que la demande est problématique.

En quoi les demandes d’excuses aux enfants posent problème

1.Nos attentes sont irréalistes

Si on résume notre attente d’adulte par cette demande d’excuses aux enfants :

1/ on s’attend à ce que l’enfant aie conscience de son erreur

2/ on s’attend à ce que l’enfant demande à être pardonné pour l’erreur commise

Concernant l’attente initiale 1/ elle est souvent irréaliste, car un enfant qui commet une erreur le fait la plupart du temps dans un contexte émotionnel particulier (peur, colère voire joie avec l’excitation). Son comportement est le meilleur moyen qu’il a trouvé, à cet instant, pour exprimer cette émotion (frappe, crie, jette, casse…). C’est un comportement pulsionnel irrépressible.

Les enfants font du mieux qu’ils peuvent avec les moyens dont ils disposent (capacités, environnement) et un enfant ne dispose pas des connexions neuronales nécessaires pour exprimer ses émotions d’une façon socialement convenable.

Ces connexions neuronales commencent seulement à se mettre en place à partir de 5/6 ans, sous condition d’avoir été accompagné sans veo (violences éducatives ordinaires) jusqu’à cet âge.

Il s’agit de connexions entre les deux parties du cerveau que sont le COF (cortex orbito frontal), siège des fonctions supérieures (comme la capacité de prendre des décisions,raisonner, éprouver de l’empathie etc), et l’amygdale, siège de nos émotions.

L’enfant se trouve alors submergé par ses propres émotions, c’est l’amygdale qui est aux commandes, le COF ne répondant plus. Il n’est plus en capacité ni de prendre le recul sur son comportement, ni de faire fonctionner son empathie.

Je précise juste que l’empathie est une capacité innée, elle n’est simplement pas opérante lors de certaines situations. Cela est valable même pour les adultes: si vous vous coupez le doigt en préparant le repas du soir, et que votre enfant se met à se plaindre d’un petit bobo vous n’aurez alors plus d’empathie pour lui, votre état étant plus “critique” que le sien …

Ainsi face à de telles manifestations de ses émotions, les adultes se sentent souvent démunis et ont besoin d’agir, pour “corriger” la situation. Ce qui vient en premier dans nos schémas éducatifs, ce sont les réprimandes et cette fameuse injonction à s’excuser.

Concernant les réprimandes, j’en ai déjà parlé sur Enfances Epanouies: je vous invite à y lire le billet. Il s’agit d’une veo (violence éducative ordinaire) au même titre que les châtiments corporels avec les mêmes conséquences délétères.

Si on supprime les réprimandes, il nous reste donc l’injonction à l’excuse. On vient de voir que s’attendre à ce que l’enfant ait conscience de son erreur est illusoire compte tenu de ses capacités.

Peut être, me direz-vous, que ce n’est pas important, au final, que l’on place plutôt notre attente d’excuses aux enfants sur le 2/ : faire en sorte que l’enfant demande à être excusé.

Après tout, si l’enfant ne comprend pas, l’adulte est là pour lui faire comprendre et lui rappeler ce qu’il convient de faire dans de pareilles circonstances.

Se pose alors pour moi la question de la sincérité et l’honnêteté: si on ne tient pas compte de la capacité de l’enfant à éprouver ou non de l’empathie dans l’instant, à prendre ou non du recul sur la situation, on lui demande donc de feindre, et par voie de conséquences, de mentir, ni plus ni moins…

Pour les enfants conditionnés aux VEO (Violences Educatives Ordinaires) ils s’exécutent, peut être, donnant l’illusion d’avoir “compris”, mettant leurs propres émotions en attente.

Or, il n’y a rien dans cette démarche relevant d’un apprentissage, il s’agit simplement d’un conditionnement, avec la peur de la réaction de l’adulte et des éventuelles représailles

Sans compter, à nouveau, l’incohérence de ne pas tenir compte de l’émotion de l’enfant au profit de l’émotion de la personne à qui il a nuit.

Je ne sais pas vous, mais pour moi la sincérité et l’authenticité dans les relations sont très importantes, et apprendre aux enfants à mentir n’est pas du tout dans mes ambitions pédagogiques s’il en est…

2. Des excuses à contre-coeur abiment les coeurs …

Une étude qui révèle les bienfaits sur l’estime de soi à ne pas demander à être excusé m’a interpellée. Il s’agit de travaux en psychologie sociale du docteur Tyler Okimoto publiés en 2013 dans le European Journal of Social Psychology, qui met en évidence une meilleure estime de soi pour ceux qui refusent de demander à être excusés, ainsi qu’un plus grand sentiment de contrôle/pouvoir et d’intégrité des valeurs.

Je pense que ces résultats sont justement la conséquence de cette pratique répandue des demandes d’excuses aux enfants. Lorsque nous forçons nos enfants à s’excuser, comme vu précédemment, nous ne tenons ni compte de leurs propres émotions ni de leurs capacités. Or les enfants ne remettent pas en question les comportements de leurs figures d’attachement, ils pensent que si ces figures, leurs parents le plus souvent, les désapprouvent les forçant aux excuses, c’est que les enfants représentent un problème.

Se considérer comme un problème, ne pas être digne d’amour, de confiance, d’approbation, de respect entache sérieusement l’estime de soi. Il n’est donc pas étonnant qu’en refusant cette injonction les gens se sentent mieux, en contrôle et en phase avec leurs valeurs…

3. Demander à être excusé c’est cristalliser sur les comportements négatifs

Le cerveau a besoin de formules positives pour nous permettre de nous engager dans l’action. Relever une action à « NE PAS » faire, est contre intuitif et relève d’un exercice que les adultes ont tristement intégré comme mécanismes, il suffit de voir à quel point c’est difficile de supprimer toute formule négative quand on s’adresse aux enfants…

Et pourquoi ferait – on un tel exercice me demanderez-vous?  Et bien, justement, car avant au moins l’âge de 2/2,5 ans la formule négative n’est même pas entendue par un enfant … Isabelle Filliozat, psychologue, l’explique très bien dans cette vidéo.

Lorsqu’on demande aux enfants de s’excuser on leur demande de focaliser sur ces comportement à ne pas reproduire, et il y a fort à parier qu’on emploie les formules négatives à cet effet.

De plus, le cerveau est plastique et fonctionne par sillons formés par nos connexions neuronales, sur la base des comportements dont nous sommes le plus témoin, ou auxquels nous sommes le plus exposés.

Répéter même oralement ces comportements  ne fait que de les imprimer dans le cerveau, cela laisse peu de place aux comportements attendus, toute l’attention de l’enfant étant portée sur les premiers…

Enfin, les enfants, surtout en bas âges, ont une logique psychomotrice ce qui les pousse quasi pulsionnellement au comportement évoqué, le mettant en action de fait. Pour comprendre ce principe on peut le comparer à notre état d’adulte quand on s’initie à la conduite.

Lors des premières leçons, on nous apprend à porter le regard assez loin sur notre trajectoire et surtout éviter de regarder les obstacles sur la route. Car en tant que conducteur novice, nos mains posées sur le volant suivent notre regard  : si on se met à fixer l’arbre qu’on doit surtout éviter, et bien même si notre cerveau a enregistré l’information et que toute notre volonté est d’éviter de foncer dans l’arbre, si notre regard se pose dessus c’est raté! Nos mains nous conduisent directement dans l’obstacle!

Si on souhaite aider nos enfants à adopter d’autres comportements et bien se concentrer sur ces derniers est la seule façon d’y parvenir.

Pourquoi demander à être excusé?

Sur le principe, encore une fois, je ne remets pas en question la démarche même de demander à être excusé.  Il y a, à mon sens, de nombreux intérêts dans cette démarche: 

  • elle restaure la confiance
  • elle permet de préserver le lien
  • elle apaise la relation

Des études montrent que des enfants qui demandent à être excusés sont considérés comme meilleurs compagnons de jeux que ceux qui ne le font pas.

Dans une expérience avec des enfants en bas age, on étudie le comportement des enfants à qui ont vient de casser une tour. Deux groupes sont crées : le premier reçoit des excuses et le second non. Même si les excuses ne diminuent pas leur contrariété, les enfants du premier groupe ayant reçu des excuses sont plus prompt à partager par la suite avec la personne qui a cassé leur tour.

Seulement, les excuses n’ont bien de sens que si elles sont sincères et spontanées. C’est uniquement dans ce contexte qu’elles ont de la valeur et a contrario si elles sont faites à contrecœur elles peuvent être délétères. 

Alors que faire?

Quand je suis en présence d’enfants (les miens ou d’autres) qui commettent des torts, je regarde l’urgence de la situation : si la personne qui a été blessée, d’une façon ou d’une autre, est un adulte ou un enfant.

Si c’est un enfant, et que je suis la seule adulte en charge, je m’occupe de l’enfant blessé, en lui donnant des soins si nécessaires pour commencer…

Ensuite je fais ce que l’enfant “agresseur” n’a pas pu faire: je lui donne de l’empathie et je valide ses émotions, “je comprends que tu as été blessé”, “ce doit être difficile/injuste”, “tu as du avoir mal/peur”, “je suis désolée pour toi”.

Je fais cette reconnaissance de torts à la place de l’enfant qui agresse : “X n’avait pas le droit de te blesser”. Je le rassure sur la suite que je donne à l’événement, pour sa propre sécurité : “on va aider X à apprendre à faire autrement”. A ce stade l’enfant blessé a besoin d’être entendu et rassuré, et si son “agresseur” ne peut le faire et bien c’est aux adultes présents de s’en charger.

Si c’est un adulte qui est blessé, je lui donne également mon empathie en disant que je suis désolée et je prends de suite en charge l’enfant qui agresse et qui lui aussi a besoin d’aide.

Je m’adresse à lui ou elle, de la même façon, en lui donnant mon empathie car je sais que son geste, sa parole n’est que l’expression d’un mal être ou d’une maladresse et que l’intention n’est pas de nuire.

Ce n’est qu’à froid, quand la situation est passée, quand le cortisol dans le corps a été éliminé (5 min de stress = 5h de cortisol dans le corps à gérer), que je discute avec l’enfant pour lui proposer des alternatives qui sont acceptables pour la prochaine fois. Car ce n’est que dans ce contexte d’apaisement qu’il peut les entendre.

Dans cette discussion je ne blâme pas, je ne fais pas de reproches, je n’utilise pas le tu qui tue, je ne relève même pas le comportement inapproprié pour les raisons précitées, je marque seulement ma grande confiance à ce que la prochaine fois l’enfant ait les ressources pour agir différemment ou qu’avec le temps il apprenne à le faire.

S’il y a lieu de réparer , on peut en parler ensemble selon l’âge de l’enfant, je ne propose que rarement la réparation car dans notre environnement nous la pratiquons dès que possible spontanément, et les enfants s’en imprègnent en proposant d’eux-mêmes. S’ils ne le font pas c’est qu’ils ne peuvent pas et que forcer la main est alors contre-productif.

Je garde toujours en tête que les intentions des enfants sont bonnes au départ et que leurs façons d’agir n’est que le reflet de leur immaturité et incapacités ponctuelles ou du fait de leur âge. En ce sens les accompagner dans leur développement de façon respectueuse, c’est tenir compte de leurs capacités et adapter nos attentes d’adultes.

J’espère que cet article vous aidera à changer de lunettes sur les excuses 🙂

Maja 

Comments

  • Aurore on

    Bonjour,
    Merci pour cet article très documenté. Je pense que j’ai du chemin à faire par rapport à ça. J’ai appris à ma puce à dire pardon quand elle blesse quelqu’un, sans injonction autoritaire, mais parce que quand elle tapais ou autre j’avais un très fort besoin de ça pour pouvoir avancer, je ne voyais pas comment rétablir la relation autrement. D’ailleurs je ne vois toujours pas. Quand elle tapais j’avais envie qu’elle répare, même si je n’attendais pas de réelle profondeur, juste prendre l’habitude d’utiliser un petit mot qui répare… Sinon j’avais l’impression de simplement la laisse faire et ne plus me respecter moi même quand elle me tapais…

    • Maja on

      Merci pour ton retour.
      Je comprends ton besoin de réparation.
      Je suis persuadée que si ta fille est accompagnée dans l’empathie de ce qu elle vit quand elle tape, elle saura aussi trouver les ressources pour réparer à terme 🙂

  • Celine on

    J.adore la structure de ton article et toutes les infos que tu y apportes 👍

    J.ai une question concernant Noah :
    La peur du jugement des autres , mon impuissance ,ma fatigue …ont fait que j’ai et j’oblige encore Noah à s’excuser ( il tape énormément pour de la frustration, l’injustice , la bagarre , gratuitement parfois – c.est mon impression – )
    Et maintenant , j’ai le revers de la médaille puisque dès qu’il tape ou bouscule ( il a certainement peur d’avoir une remarque …) , il me demande pardon pardon pardon en me disant qu.il ne va pas recommencer mais je sais que ce n’est pas possible .
    Je ne sens pas ses excuses sincères et je me retrouve dans une impasse . Je ne sais même pas quoi lui répondre .
    Ou bien avec ses camarades , il va dire pardon sans regarder la personne ….

    Merci maja si tu peux me donner un conseil pour rattraper ma faute au comme t réagir face à ses milles excuses

    • Maja on

      Merci Céline j’ espère que la situation s est arrangée suite à notre échange sur le groupe.

  • Danielle on

    Bonjour,
    Il me semble que -comme dans tout ce qui se veut éducatif – on oublie souvent le point essentiel qui est que pour les enfants c’est l’adulte qui est le modèle et ce non pas dans le sens de ses paroles – (l’enfant cependant sera fort capable de tenir ces discours entendus à d’autres enfants : j’ai assisté à des scènes sidérantes dans ce domaine où j’avais le sentiment de voir des adultes miniatures devant moi, paroles injonctives énoncées sur un ton autoritaire avec geste idoines (en particulier pointage du doigt à l’appui – les gamin.es impliqué.es avaient environ 4 ans maximum) – mais dans ses actes : si un adulte, par exemple, ce que j’ai souvent vu, frappe un enfant en lui disant : « on ne frappe pas » l’enfant reproduira le schéma sur un autre enfant qui en aura agressé un autre en lui disant à son tour qu' »on ne frappe pas » et il se sentira légitime dans cette action puisque le modèle lui vient d’une autorité supérieure (même si celle-ci lui dit « fais ce que je te dis mais na fait pas ce que je fais » !
    J’ai aussi souvent remarqué (pour ne pas dire toujours car s’il y a des exceptions en plus de 40 ans de travail auprès des enfants je n’en ai quasiment pas vues ! ) qu’on s’occupe effectivement davantage de morigéner l’enfant agresseur/se que de prendre soin de l’enfant agressé.e comme si « rendre justice » était plus important que de rassurer et consoler.
    L’autre problème est que bien souvent on ne prend pas en compte l’enchaînement des agressions et que bien souvent celles que l’ont voit sont le résultat de petits conflits qui se sont envenimés mais qui sont passés inaperçus et donc l’enfant qui reçoit l’injonction de s’excuser ressent cela comme une injustice profonde et cela alimente une rancune qui est loin d’arranger les relations entre les enfants.
    Si on analysait effectivement les évènements non d’un point de vue moral « il est interdit de » – (qui est une formule qui n’inclut pas le « ne pas » que n’entend pas le tout-petit (je l’ai vérifié à moulte reprises depuis que je l’ai appris – c’est à dire il y a relativement peu de temps – environ 5 ans) – éducatif mais d’un point de vue affectif (ce sont souvent – vraiment pas toujours mais souvent – les enfants qui s’aiment le plus qui se tapent – voire même dans certains cas taper c’est montrer à l’autre qu’on l’aime (ce sont des enfants de six à huit ans qui me l’ont dit) -, mais émotionnel (impulsions réactives) on pourrait prendre conscience de ce que nous ressentirions nous autres adultes si on nous faisait la morale alors que nous sommes convaincu/es d’avoir eu raison d’agir comme nous l’avons fait parce que nous connaissons les tenants et les aboutissants de ce qui nous à amené à réagir d’une façon jugée « inadmissible » (c’est d’ailleurs la force des pervers de faire exploser leurs victimes pour des faits apparemment anodins – je ne dis pas que les tout-petits sont des pervers, loin de moi cette idée mais ils peuvent apprendre dans un contexte éducatif délétère à le devenir).
    Il me semble cependant que nombre d’adultes se sentiraient blessé.es dans leur dignité et leur amour-propre (qui est quelque chose de très puissant pour les jeunes enfants et à l’adolescence) qu’on leur demande publiquement de s’excuser – que ce soit à tort ou à raison – les excuses n’ayant un sens aussi bien pour la victime que pour la personne qui agresse que si elles viennent de la prise de conscience du tort subi par la première.
    J’en ai eu un exemple hier : je faisais un atelier avec des enfants à l’extérieur d’une structure qui accueille librement les enfants. Contre un arbre, à proximité de la table où j’officiais (*-°) il y avait du petit matériel sans doute en prévision d’un autre atelier. A un moment, sans que j’y prête vraiment attention, un gros camion est venu sur le trottoir pour sans doute débarrasser du matériel d’un bâtiment proche.
    Or, il s’est trouvé qu’une dame s’est pris les pieds dans le petit matériel tombé au sol et est venue me crier dessus avec virulence. A vrai dire, je n’ai pas bien réagi : je suis restée dans le rationnel (je ne me suis pas énervée mais j’ai expliqué) et je me suis pris une claque (très positive !) par un SDF qui se trouvait là (il m’avait aidé à installer mon atelier) et qui lui, s’est uniquement préoccupé du ressenti émotionnel de cette dame verbalement très agressive et menaçante : il n’a pris en compte que le préjudice qu’elle avait subi, lui demandant si elle avait besoin de quelque chose, lui donnant raison sur le fait que ni le matériel ni le camion n’auraient dû se trouver sur le chemin des piétons, la rassérénant.
    Et à ma grande stupeur la dame s’est calmée immédiatement, et a dès lors pris en compte les explications que je lui avais donné (mais qu’elle ne pouvait « entendre ») et s’est alors intéressée à ce que je faisais avec les enfants. Elle s’est excusée pour sa réaction agressive et je me suis excusée à mon tour de ne pas avoir fait attention au fait que le petit matériel étant tombé avec l’arrivée du camion le passage devenait compliqué pour les passants.
    Ce monsieur m’a donné une excellente leçon de savoir-vivre ensemble sans donner de leçon de morale à qui que ce soit !
    Je suis capable de faire ce qu’il a fait dans un conflit entre enfants mais je ne l’ai pas été dans ce contexte entre adultes parce que j’étais impliquée et qu’en fin de compte j’avais aussi un sentiment de culpabilité de ne pas m’être rendue compte du problème et de na pas l’avoir anticipé (cela c’est après coup que j’en ai pris conscience).
    Tout cela qui peut paraître hors contexte de votre propos mais me paraît utile pour dire que si nous considérions que certes les enfants ne sont pas des adultes miniatures (ce que je défends par ailleurs) au niveau des émotions il est important de prendre en compte que nous ne sommes pas si loin d’eux/elles pour ne pas pouvoir comprendre ce qu’ils ressentent et expriment.
    Et je trouve que la vie offre d’étranges coïncidences comme celle de tomber sur cet article alors que justement cette situation m’avait amenée à me poser la question : quelle réaction aurions-nous eu cette dame et moi si ce monsieur nous avait demandé de nous excuser elle pour la virulence menaçante de ses propos et moi pour ne pas avoir été attentive à la gène causée par la chute du matériel à l’arrivée du camion (au passage, le conducteur du camion est lui aussi venu s’expliquer et s’excuser quand il a vu que la situation prenait une tournure plus chaleureuse !).
    Ce qui est valable pour des adultes me paraît l’être aussi pour les enfants : l’arbitrage pour savoir qui est en faute ne fait qu’envenimer les conflits, la demande d’excuse a l’enfant qui tape amène le ressentiment lié au sentiment de ne pas avoir été écouté, entendu, compris et que la « règle » est quelque chose d’oppressif parce qu’elle ne prend pas en compte le contexte particulier et singulier ni le vécu émotionnel de chacun.
    Désolée pour la longueur de ce texte.

    • Maja on

      Super témoignage Danielle je t en remercie vivement.

      Je pense qu il est tout à fait lié au propos à savoir que ce monsieur a fait preuve d empathie et n’a pas joué au gendarme ou juge ou autre. Cela me rappelle un principe de Naomi Aldort qui dit qu une maison n’est pas une maison de justice/tribunal (court house en anglais) mais une maison d’amour. Et si effectivement quand on fait le choix de régenter/cadrer avant d’aimer cela a des conséquences sur la relation…

      Et je comprends aussi qu’entre adutles on a plus de mal à appliquer ce qu on trouve empathique envers les enfants, personnellement ça a été un gros défi. Et ça l’est encore, de voire plus large les relations et les implications, être cohérente à différents niveau. Ce point que tu soulève sur nos difficultés vis à vis des adultes ferait un très bon article je te remercie de m’avoir inspirée avec tes lunettes !

  • cloé on

    Merci pour ce superbe article ! J’ai toutefois une petite question qui me reste en suspend … Je me retrouve régulièrement dans la situation suivante ; c’est mon fils le plus jeune, donc plus souvent lui qui se fait « agresser » par les plus grands de notre entourage, et je suis très mal à l’aise que leurs mères les forcent à s’excuser, à lui faire un bisou, etc. Ou pire encore, d’être témoin d’un sermon interminable… Je ne sais jamais quoi répondre, comment réagir, j’essaie à chaque fois de dire que ce sont des enfants, que c’était un geste « involontaire », j’essaie de minimiser la situation pour que l’enfant agresseur ne se fasse pas enguirlander devant moi, mais j’aimerais pouvoir semer des graines un peu plus efficaces…
    Et aussi pouvoir répondre aux mamans quand elles finissent par me dire « je suis désolée, je ne sais pas pourquoi il faut toujours qu’il tape »…

    Merci beaucoup si tu as du temps pour me donner des exemples <3

    • Maja on

      Bonjour Cloé

      Je te remercie pour ta patience.
      J’ai du avoir un souci cet été avec mes commentaires plusieurs sont restés bloqués :/
      Je continuerai à me montrer empathique malheureusement c’est difficile dans ces situations de faire beaucoup plus. Pour la formule « je ne sais pas pourquoi il faut toujours qu’il tape » si tu sens une ouverture tu peux profiter de cette occasion pour glisser deux mots sur le fait que les enfants font ce qu’ils peuvent et que leur violence est liée à leur immaturité que tu leur fait confiance pour qu’ils apprennent à faire autrement avec le temps (tu peux dire cette dernière chose en t’adressant à l’enfant pour lui marquer ta confiance).

      J’espère que ça t’aide.
      Je vais réediter sur mon blog l’article que j’avais écris sur les crises et coups ça pourra peut être t’aider aussi.

      Maja

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